{"id":102483,"date":"2025-11-02T23:01:33","date_gmt":"2025-11-02T22:01:33","guid":{"rendered":"https:\/\/de.ambaguinee.org\/?p=102483"},"modified":"2025-11-02T23:01:33","modified_gmt":"2025-11-02T22:01:33","slug":"le-bal-des-presidents-immortels-par-ousmane-boh-kaba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/de.ambaguinee.org\/?p=102483","title":{"rendered":"Le bal des pr\u00e9sidents immortels (Par Ousmane Boh Kaba)"},"content":{"rendered":"<div>\n<div style=\"margin-bottom:20px;\"><img width=\"640\" height=\"426\"src=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?w=640&amp;ssl=1\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" decoding=\"async\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?w=640&amp;ssl=1 640w, https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" data-attachment-id=\"1556\" data-permalink=\"https:\/\/mediaguinee.com\/2023\/07\/de-la-dependance-a-lautonomie-repenser-les-evacuations-sanitaires-en-guinee-ousmane-boh-kaba\/ousmane-boh-kaba-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?fit=640%2C426&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"640,426\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta='{\"aperture\":\"0\",\"credit\":\"\",\"camera\":\"\",\"caption\":\"\",\"created_timestamp\":\"0\",\"copyright\":\"\",\"focal_length\":\"0\",\"iso\":\"0\",\"shutter_speed\":\"0\",\"title\":\"\",\"orientation\":\"0\"}' data-image-title=\"Ousmane boh kaba\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?fit=300%2C200&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?fit=640%2C426&amp;ssl=1\"><\/div>\n<p class=\"s3\">Les saisons passent, les peuples changent, mais les tr\u00f4nes, eux, ne perdent jamais leurs feuilles. Ici, tout est \u00e9ternel : les palais, les discours, les vieillards qu\u2019on maquille pour les faire passer pour des promesses. Je vous \u00e9cris depuis l\u2019arri\u00e8re-salle climatis\u00e9e d\u2019un palais pr\u00e9sidentiel. Ne me demandez pas lequel. Les palais africains se ressemblent tous, ces tombeaux dor\u00e9s b\u00e2tis sur les ruines de nos r\u00eaves. Les murs sentent la peur polie, le cuir fatigu\u00e9 des fauteuils et la certitude du pouvoir qui se croit immortel. Pendant que les drapeaux flottent, la d\u00e9mocratie, elle, tousse dans un coin, couverte de poussi\u00e8re et de protocole.<\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Chez nous, la d\u00e9mocratie n\u2019est pas une id\u00e9e, c\u2019est un rituel. Un bal masqu\u00e9 o\u00f9 les m\u00eames t\u00eates changent de costume tous les cinq ans, tous les sept, parfois douze, selon la lune ou le caprice du chef. On sort les urnes comme on sort les tambours, on repeint les \u00e9coles, on promet le paradis, on distribue du savon et des tee-shirts. Le peuple chante, danse, esp\u00e8re. Puis le rideau tombe, la musique s\u2019\u00e9teint, et le m\u00eame vieux visage revient, comme une chanson qu\u2019on ne sait plus comment arr\u00eater.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Au Cameroun, on enterre les morts. En C\u00f4te d\u2019Ivoire, on enterre les illusions. Ici, on ne change pas de pr\u00e9sident, on change de calendrier. Les urnes, ces saintes reliques, savent parler toutes seules. Elles murmurent dans la langue du pouvoir, toujours douce, toujours victorieuse. Les commissions \u00e9lectorales,<\/span><span class=\"s4\"> les cours supr\u00eames,<\/span><span class=\"s4\"> ces orchestres dociles, ne connaissent qu\u2019une seule partition, celle que le palais compose \u00e0 la veille du scrutin. L\u2019opposition gesticule, aboie, s\u2019indigne, puis se tait d\u00e8s que le festin commence, comme un vieux griot qu\u2019on a trop fait chanter.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Pourquoi continuer \u00e0 se mentir ? Pourquoi gaspiller tant d\u2019encre, tant d\u2019espoir, tant de bulletins pour des \u00e9lections dont on conna\u00eet d\u2019avance la fin ? Instaurons la d\u00e9mocratie par acclamation perp\u00e9tuelle. Chaque ann\u00e9e, le chef serait r\u00e9\u00e9lu par le silence du peuple. Pas de bulletin, pas de contestation. Le silence deviendrait le nouveau suffrage, la peur la nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9. Et s\u2019il meurt, on le garde encore, par habitude. Les cadavres, ici, gouvernent mieux que les vivants.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Nos pr\u00e9sidents ne sont pas des hommes d\u2019\u00c9tat, ce sont des curiosit\u00e9s naturelles. On devrait les mettre au mus\u00e9e, entre le baobab et la momie : voici le chef qui r\u00e9gna quarante ans sans jamais cligner des yeux. Les nations tremblent, mais eux demeurent. Ils se succ\u00e8dent \u00e0 eux-m\u00eames, se f\u00e9licitent eux-m\u00eames, se f\u00e9condent eux-m\u00eames. Ils sont leur propre descendance.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Pendant ce temps, la jeunesse regarde ailleurs. Elle compte les jours, les bateaux, les mirages. Elle rit jaune devant les promesses recycl\u00e9es, devant les hymnes qu\u2019on lui impose comme des pri\u00e8res d\u2019un autre \u00e2ge. Elle r\u00eave d\u2019air libre, de routes sans barrages, de pays sans p\u00e8re \u00e9ternel. Mais pour l\u2019instant, elle danse encore, par politesse.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Un jour, le bal s\u2019arr\u00eatera. Le tambour se brisera sous le poids du mensonge. Les rois de carton d\u00e9couvriront que m\u00eame les tr\u00f4nes ont des termites. Mais d\u2019ici l\u00e0, la f\u00eate continue. Les projecteurs brillent, les micros chauffent, les griots applaudissent. Et la d\u00e9mocratie, cette vieille danseuse au c\u0153ur f\u00eal\u00e9, continue de tournoyer sur ses b\u00e9quilles.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">D<\/span><span class=\"s4\">ans un coin de la salle, un autre rythme s\u2019\u00e9l\u00e8ve. Il vient de <\/span><span class=\"s4\">ma <\/span><span class=\"s4\">Guin\u00e9e, ce pays qui aime autant la r\u00e9volte que la d\u00e9ception. L\u00e0-bas, un colonel a fait taire le vieux disque, promettant de rendre au peuple la chanson qu\u2019on lui avait vol\u00e9e. Depuis, la foule retient son souffle, suspendue aux l\u00e8vres du ma\u00eetre des lieux, devenu g\u00e9n\u00e9ral Mamadi Doumbouya. Il ne s\u2019est pas encore d\u00e9clar\u00e9 candidat, et d\u00e9j\u00e0, le silence qui l\u2019entoure ressemble \u00e0 une pri\u00e8re. Une pri\u00e8re inqui\u00e8te, pleine d\u2019espoir et de soup\u00e7ons.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Le pouvoir, chez nous, est un vin fort. Il grise, il \u00e9tourdit, il finit par mordre. Doumbouya a promis d\u2019\u00eatre diff\u00e9rent. Le peuple, lui, guette encore la preuve. Car l\u2019Afrique conna\u00eet trop bien cette valse : les r\u00e9volutions commencent en treillis et finissent en complet-veston, la main sur le c\u0153ur, le sourire us\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la corde. On change la musique, mais les danseurs restent les m\u00eames.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Alors oui, que le bal continue. Que les tambours tonnent et que les griots chantent. Mais qu\u2019on sache, enfin, que la piste appartient \u00e0 ceux qui n\u2019ont pas encore dans\u00e9. Car un jour, les dieux eux-m\u00eames s\u2019ennuieront, et le peuple, las de battre des mains, r\u00e9clamera enfin la musique qu\u2019il m\u00e9rite.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><strong><span class=\"s4\">Ousmane Boh KABA<\/span><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019article <a href=\"https:\/\/mediaguinee.com\/2025\/11\/le-bal-des-presidents-immortels-par-ousmane-boh-kaba\/\">Le bal des pr\u00e9sidents immortels (Par Ousmane Boh Kaba)<\/a> est apparu en premier sur <a href=\"https:\/\/mediaguinee.com\/\">Mediaguinee.com<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les saisons passent, les peuples changent, mais les tr\u00f4nes, eux, ne perdent jamais leurs feuilles. Ici, tout est \u00e9ternel : les palais, les discours, les vieillards qu\u2019on maquille pour les faire passer pour des promesses. Je vous \u00e9cris depuis l\u2019arri\u00e8re-salle climatis\u00e9e d\u2019un palais pr\u00e9sidentiel. Ne me demandez pas lequel. 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