{"id":96662,"date":"2025-07-25T23:05:03","date_gmt":"2025-07-25T21:05:03","guid":{"rendered":"https:\/\/de.ambaguinee.org\/?p=96662"},"modified":"2025-07-25T23:05:03","modified_gmt":"2025-07-25T21:05:03","slug":"la-bas-une-vie-parfois-difficile-ici-des-diplomes-inventes-une-vie-de-pachapar-ousmane-boh-kaba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/de.ambaguinee.org\/?p=96662","title":{"rendered":"L\u00e0-bas, une vie parfois difficile, ici des dipl\u00f4mes invent\u00e9s, une vie de Pacha\u2026(Par Ousmane Boh Kaba)"},"content":{"rendered":"<div>\n<div style=\"margin-bottom:20px;\"><img width=\"700\" height=\"433\"src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Ousmane-boh-kaba.jpg?w=700&amp;ssl=1\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Ousmane-boh-kaba.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Ousmane-boh-kaba.jpg?resize=300%2C186&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\"><\/div>\n<p><em>Nous disons \u00eatre revenus pour servir.<\/em><\/p>\n<p><em>En r\u00e9alit\u00e9, beaucoup sont revenus pour briller.<\/em><\/p>\n<p>Nous sommes de plus en plus nombreux \u00e0 rentrer apr\u00e8s quelques ann\u00e9es pass\u00e9es en Occident. Sur les plateaux t\u00e9l\u00e9, dans les salons minist\u00e9riels, dans les cercles d\u2019influence ou sur les r\u00e9seaux sociaux, le discours est bien rod\u00e9 : \u00ab J\u2019ai tout abandonn\u00e9 pour revenir servir mon pays. \u00bb Cette formule est devenue un talisman. Un passeport moral. Mais derri\u00e8re ces mots nobles se cache souvent une r\u00e9alit\u00e9 moins glorieuse : tr\u00e8s peu ont r\u00e9ellement tout quitt\u00e9. Nous avons chang\u00e9 de d\u00e9cor, pas de privil\u00e8ges.<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, en Europe ou en Am\u00e9rique du Nord, beaucoup menaient une vie ordinaire, parfois difficile. Des postes pr\u00e9caires, une existence discr\u00e8te. L\u00e0-bas, ils \u00e9taient anonymes. Ici, ils deviennent dignitaires. Celui qui g\u00e9rait les colis Amazon \u00e0 Paris devient subitement directeur des investissements. Celui qui p\u00e9dalait pour Uber Eats \u00e0 Bruxelles atterrit au minist\u00e8re des Transports. Celui qui n\u2019a jamais manag\u00e9 autre chose que sa page LinkedIn prend la t\u00eate d\u2019un d\u00e9partement strat\u00e9gique. Le ch\u00f4mage d\u00e9guis\u00e9 d\u2019hier devient l\u2019expertise revendiqu\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Certains n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 enjoliver leur parcours. Ils inventent des dipl\u00f4mes, gonflent leur CV comme des ballons de baudruche. Leur seul dipl\u00f4me authentique ? Une licence en flatterie appliqu\u00e9e, et un master en courbettes strat\u00e9giques. Ici, le vernis suffit. Peu importe la comp\u00e9tence, c\u2019est l\u2019apparence qui prime. Ce n\u2019est pas le m\u00e9rite qu\u2019on valorise, mais la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Beaucoup pleurent leur \u00ab exil \u00bb. Mais posons les vraies questions : ont-ils ferm\u00e9 leurs comptes en euros ? Retir\u00e9 leurs enfants des \u00e9coles priv\u00e9es \u00e0 Montr\u00e9al ou \u00e0 Paris ? Ont-ils renonc\u00e9 aux h\u00f4pitaux de Paris, Rabat ou de Dakar ? Non. Leur patriotisme a une clause de retour. Il dure le temps d\u2019un mandat, d\u2019un poste, d\u2019un contrat.<\/p>\n<p>Quand un Guin\u00e9en dit avoir \u00ab tout quitt\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00bb pour revenir, une question morale s\u2019impose : \u00e9tait-il vraiment chez lui l\u00e0-bas ? Ou \u00e9tait-il simplement un \u00e9tranger parmi les \u00e9trangers ? S\u2019il consid\u00e8re la Guin\u00e9e comme sa patrie, pourquoi parler de retour comme d\u2019un sacrifice ? Cette rh\u00e9torique trahit une relation instable \u00e0 l\u2019identit\u00e9. C\u2019est moins un retour vers le pays qu\u2019une tentative de se r\u00e9inventer l\u00e0 o\u00f9 les ambitions se heurtent moins \u00e0 la concurrence.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, pour beaucoup, ce retour n\u2019est pas un engagement. C\u2019est une strat\u00e9gie. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019ascension est lente en Occident, elle est fulgurante ici d\u00e8s lors qu\u2019on ma\u00eetrise le discours lisse, les codes du r\u00e9seautage et l\u2019art de l\u2019all\u00e9geance. Le storytelling du sacrifice devient une passerelle vers les honneurs. Derri\u00e8re le slogan \u00ab revenir pour servir \u00bb se cache trop souvent un retour pour se servir.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, le peuple, lui, n\u2019a pas fui. Il a endur\u00e9. Il n\u2019a pas eu de visa, mais il a connu l\u2019attente. Pas d\u2019\u00e9cole pour ses enfants, pas d\u2019eau potable, pas de soins de qualit\u00e9. Il vit un exil int\u00e9rieur. Son patriotisme ne monte sur aucun plateau. Il se traduit par le silence, la r\u00e9silience, et la survie.<\/p>\n<p>Nous, qui nous appelons technocrates, experts ou membres de la nouvelle \u00e9lite, sommes trop souvent ceux qui verrouillent les portes de l\u2019espoir. Nous construisons nos micro-r\u00e8gnes, b\u00e9tonnons les opportunit\u00e9s, privatisons le pouvoir. Nous parlons d\u2019\u00c9tat mais agissons comme si c\u2019\u00e9tait notre entreprise priv\u00e9e. Nous servons\u2026 mais toujours depuis la business class.<\/p>\n<p>Et quand on ose nous interroger, nous sortons l\u2019arme \u00e9motionnelle : \u00ab Respectez mon choix, j\u2019ai tout abandonn\u00e9 pour ce pays. \u00bb Mais si nous avons tant abandonn\u00e9, o\u00f9 sont les r\u00e9sultats ? O\u00f9 sont les routes viables ? Les \u00e9coles fonctionnelles ? Les h\u00f4pitaux dignes ? Nous accumulons les per diem, les d\u00e9corations, les passeports. Le peuple, lui, attend.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ombre, il y a une autre diaspora. Celle qui ne parle pas, ne parade pas. Elle travaille dur, envoie chaque mois de quoi nourrir, soigner, \u00e9duquer. Sans titres ronflants, sans photos, sans storytelling. Elle contribue r\u00e9ellement, mais ne cherche aucun tr\u00f4ne. Elle n\u2019a pas fui un \u00e9chec, elle a choisi un effort. Son patriotisme est discret, mais solide.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat guin\u00e9en est devenu une zone de recyclage. On y transforme des \u00e9checs de l\u00e0-bas en carri\u00e8res miraculeuses ici. Le pays devient un laboratoire o\u00f9 l\u2019on exp\u00e9rimente sur des citoyens sans protection, sans audit, sans droit de r\u00e9ponse. Ce n\u2019est pas le d\u00e9veloppement qu\u2019on vise, c\u2019est la r\u00e9paration personnelle d\u2019un r\u00eave rat\u00e9 ailleurs.<\/p>\n<p>Il ne faut pas bl\u00e2mer toute la diaspora. Il faut d\u00e9noncer l\u2019imposture. La Guin\u00e9e a besoin de ponts, pas de pi\u00e9destaux. Elle a besoin d\u2019acteurs ancr\u00e9s, pas de touristes administratifs. Ceux qui rentrent doivent comprendre que servir, ce n\u2019est pas survoler la douleur, c\u2019est y plonger. Ce n\u2019est pas jouer les h\u00e9ros, c\u2019est devenir un des leurs.<\/p>\n<p>La Guin\u00e9e n\u2019est pas un d\u00e9cor pour se refaire une sant\u00e9 morale. Ce n\u2019est pas un tremplin pour \u00e9gos frustr\u00e9s. Elle a besoin de b\u00e2tisseurs, pas de d\u00e9corateurs. De ceux qui vivent ici, tombent malades ici, luttent ici. Pas de ceux qui gardent un billet retour sous l\u2019oreiller.<\/p>\n<p>Pendant que certains paradent \u00e0 Conakry avec leurs bouteilles d\u2019eau min\u00e9rale import\u00e9e, le peuple boit une eau pollu\u00e9e, parfois canc\u00e9rig\u00e8ne. Le vrai patriotisme ne se d\u00e9salt\u00e8re pas avec des produits import\u00e9s. Il s\u2019absorbe avec les souffrances du pays, il se vit avec la gorge s\u00e8che, sans filtre.<\/p>\n<p>L\u2019histoire ne retient pas ceux qui racontent. Elle retient ceux qui construisent. Thomas Sankara roulait en Renault 5. Nelson Mandela a quitt\u00e9 le pouvoir alors qu\u2019il pouvait le garder. Ils n\u2019avaient pas besoin de dire qu\u2019ils avaient sacrifi\u00e9 leur confort : leur vie le prouvait.<\/p>\n<p>Nous, les pr\u00e9tendus sacrifi\u00e9s, achetons des 4\u00d74, accumulons les indemnit\u00e9s et \u00e9vitons le terrain. Ce que nous ne comprenons pas, c\u2019est qu\u2019on ne devient pas serviteur d\u2019un peuple en prenant l\u2019avion. On le devient en tenant dans la dur\u00e9e, en agissant dans le silence, en \u00e9tant l\u00e0 quand il n\u2019y a ni cam\u00e9ra ni fanfare.<\/p>\n<p>La Guin\u00e9e n\u2019a pas besoin de h\u00e9ros costum\u00e9s. Elle a besoin d\u2019\u00e9coles debout, d\u2019h\u00f4pitaux fonctionnels, de routes praticables, d\u2019un \u00c9tat qui fonctionne. Pas de PowerPoints, pas de dipl\u00f4mes en vitrine, pas de storytelling creux.<\/p>\n<p>La vraie diaspora ne rentre pas pour r\u00e9gner. Elle revient pour servir. Sans fanfare, sans paillettes, sans costume trois-pi\u00e8ces. Elle se l\u00e8ve, elle agit, elle s\u2019efface.<\/p>\n<p>Quand le th\u00e9\u00e2tre se termine, que restera-t-il de notre amour pour ce pays ? Sommes-nous pr\u00eats \u00e0 le prouver, sans mot, sans sc\u00e8ne, sans r\u00e9compense ?<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous disons \u00eatre revenus pour servir. En r\u00e9alit\u00e9, beaucoup sont revenus pour briller. Nous sommes de plus en plus nombreux \u00e0 rentrer apr\u00e8s quelques ann\u00e9es pass\u00e9es en Occident. 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