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Clash musical : trois rappeurs condamnés à trois ans de prison avec sursis

24 février 2026

À l’origine de la procédure : la diffusion sur les réseaux sociaux d’extraits musicaux relevant d’un « clash » entre artistes. Les contenus, devenus viraux, ont été jugés attentatoires aux bonnes mœurs et susceptibles d’exposer des mineurs à des propos inappropriés, a rapporté nos confrères de Guineematin.com

Convoqués le 17 février 2026 par l’Office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs (OPROGEM), les trois artistes ont été interpellés puis placés sous mandat de dépôt. Ils ont passé plusieurs jours en détention à la maison centrale avant d’être fixés sur leur sort.

Des aveux à la barre

À l’audience, les prévenus ont reconnu les faits qui leur étaient reprochés. Face au tribunal, chacun a tenté d’expliquer comment une rivalité artistique s’est progressivement transformée en dérapage public.

Âgé de 20 ans, Mohamed Salif Bangoura, alias Opinel 12, a retracé la genèse du conflit. Selon lui, tout est parti d’échanges musicaux typiques de la culture rap, avant que la dynamique des réseaux sociaux n’amplifie la tension. Il a déclaré : « nous nous sommes lancés des piques musicales injurieuses. Ce n’était, au départ, qu’un simple clash. Malheureusement, nous nous sommes laissé emporter par l’ampleur que prenaient nos extraits et nos singles sur nos pages Facebook. Tout a commencé avec le groupe Sagatala, mais ce sont les fans qui ont envenimé la situation. Ce sont souvent eux qui créent des fossés entre les artistes. Aujourd’hui, je regrette sincèrement ce qui s’est passé et demande pardon ».

« Nous avons dépassé les limites »

Prenant la parole à son tour, Abdoulaye Aziz Diallo, 23 ans, a reconnu avoir franchi une ligne en répondant aux attaques par des propos injurieux. Il a invoqué la pression et l’influence des plateformes numériques dans l’escalade verbale : « nous nous sommes simplement lancé des clashs, mais nous avons dépassé les limites en tombant dans l’injure. C’était une erreur. C’est l’influence des réseaux sociaux qui nous a poussés à agir ainsi. J’ai adressé des piques injurieuses à Opinel 12 en guise de droit de réponse à ses propres attaques. Aujourd’hui, je le regrette sincèrement ».

Entre passion musicale et regrets personnels

Nahmir Sow, 22 ans, étudiant en génie informatique, a livré un témoignage plus personnel. Il a expliqué que la notoriété grandissante du clash et la recherche de visibilité avaient contribué à alimenter les excès. Il a également évoqué les difficultés traversées dans sa vie privée. À la barre, il a confié : « la musique est ma passion, mais aussi un moyen de gagner ma vie. Tout se passait bien dans nos clashs, mais avec l’ampleur et l’euphorie du moment, nous nous sommes laissé emporter et avons proféré des injures dans nos piques. Aujourd’hui, j’ai honte et je regrette mon acte. J’étudiais mais j’ai dû arrêter mes études universitaires après le décès de mon père qui payait mes frais de scolarité, car j’étudiais le génie informatique dans une université privée. A la base, le Rap, c’est le clash, mais nous avons débordé avec nos injures qui ont choqué nos fans et nos parents, qui sont aujourd’hui déçus de nous. Nous promettons de présenter des excuses publiques sur nos différents canaux, car nous regrettons sincèrement ce qui s’est passé ».

Les réquisitions et la décision

Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les infractions étaient suffisamment établies et a requis une peine d’un an d’emprisonnement avec sursis.

Après en avoir délibéré, le tribunal présidé par la juge M’balou Traoré a prononcé une peine plus lourde : trois ans de prison assortis de sursis pour chacun des trois artistes, ainsi qu’une amende individuelle d’un million de francs guinéens.

La juridiction a également ordonné aux condamnés de présenter des excuses publiques sur leurs différents canaux de communication. Autre mesure notable : ils devront se faire raser les dreadlocks.

Ainsi s’achève une affaire qui aura illustré, une fois de plus, la frontière parfois fragile entre liberté artistique, responsabilité publique et impact des réseaux sociaux sur une jeunesse en quête de visibilité.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com 

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Last modified: 24 février 2026

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