
Il est des situations où le silence pèse plus lourd que les mots. À Fria, la poussière d’alumine qui recouvre régulièrement la ville ne salit pas seulement les toits, les vérandas, les arbres, les voitures et les cultures ; elle interroge la responsabilité collective. Car lorsque l’air devient irrespirable, lorsque les récoltes dépérissent et que les consultations médicales se multiplient, il ne s’agit plus d’un simple incident industriel. Il s’agit d’un choix.
Depuis plusieurs mois, les émissions provenant de l’usine exploitée par le géant russe Rusal alimentent l’inquiétude des habitants. Les pièces défaillantes, les retombées de fines particules et les plaintes répétées des riverains dessinent un tableau préoccupant. À cela s’ajoutent les difficultés des maraîchers, qui évoquent des cultures affectées et des rendements en baisse, ainsi que les alertes de professionnels de santé face à la recrudescence des affections respiratoires et oculaires.
Or, cette situation n’est pas une découverte récente. Il y a un an déjà, un rapport du ministère guinéen de l’Environnement – administré, soit dit en passant, par un des porte-paroles du gouvernement-, pointait une pollution atmosphérique jugée ‘‘grande’’, un non-respect des normes de rejets et identifiait clairement l’usine de Friguia comme principale source d’émission. Des mesures correctives avaient été recommandées, des pénalités envisagées, des obligations sanitaires formulées.
La question est donc simple : qu’est-il advenu de ces recommandations ?
À Fria, beaucoup ont le sentiment que l’indignation officielle s’est dissoute dans l’inaction. Pendant ce temps, la poussière continue de tomber. Et avec elle, la confiance des citoyens. Car un État qui constate sans contraindre fragilise sa propre autorité. Une entreprise qui tarde à corriger des manquements techniques engage sa crédibilité.
L’histoire récente montre pourtant que l’impunité industrielle n’est plus une fatalité. Les suites données à beaucoup d’affaires de ce genre rappellent une vérité fondamentale : le temps judiciaire est parfois long, mais il finit par rattraper les manquements environnementaux, surtout lorsque la santé publique est en jeu.
À Fria, la situation dépasse désormais la seule question technique des électrofiltres. Elle touche à un principe essentiel : le droit des populations à vivre dans un environnement sain. Elle interpelle également la capacité des autorités à faire respecter leurs propres décisions.
À l’entreprise donc d’agir sans délai pour restaurer des installations conformes aux normes. À l’État de garantir l’application effective des mesures qu’il prescrit. Et à la société civile de poursuivre, par des voies légales, la défense de ses droits.
Car lorsque l’air d’une ville devient suspect, ce n’est pas seulement l’environnement qui est en cause. C’est le contrat social lui-même.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
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Last modified: 3 mars 2026





