
À peine installé dans ses nouvelles fonctions, le procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), Charles Wright, donne le ton. Dans un discours marqué par une fermeté assumée, le magistrat a esquissé les contours d’une politique répressive qu’il promet rigoureuse, inclusive et sans concessions.
Une prise de fonction sous le signe de la fermeté
Dès son entrée en fonction ce jeudi, le nouveau chef du parquet spécial a affiché sa volonté de rompre avec certaines pratiques qui minent la gouvernance publique. Pour matérialiser cette ambition, il a notamment annoncé la mise en service d’un numéro vert — le 627 97 17 17 — destiné à recueillir les dénonciations liées aux faits de corruption et d’enrichissement illicite.
Dans une déclaration sans ambiguïté, il a clairement indiqué que son action ne souffrira d’aucune entrave, quel que soit le statut des personnes concernées. « La corruption c’est un poison qui a beaucoup d’adeptes. C’est dans toutes les maisons : la justice, l’administration publique, l’administration privée. Ne soyez pas étonnés demain qu’un ministre actuel dans le gouvernement puisse passer devant la CRIEF. Ne soyez pas surpris qu’un magistrat passe à la CRIEF. Personne ne sera épargné. Ne soyez pas surpris demain, quelle que soit la personne, quand on vient vous dire « oui, il est revenu encore, il a commencé ». Au fait, je n’ai pas commencé. Je viens pour terminer dans la légalité ce que j’ai commencé », a martelé M. Wright.
L’exemplarité comme point de départ
Au-delà des annonces, le procureur spécial entend incarner personnellement les principes qu’il défend. Il a ainsi annoncé son intention de se conformer à l’obligation de déclaration de patrimoine, prévue par les textes en vigueur, en déposant ses biens au greffe de la juridiction qu’il dirige.
Une démarche qu’il présente comme un préalable indispensable pour instaurer la crédibilité de l’action judiciaire. « J’ai promis, et je le réaliserai. A partir du lundi, je déposerai ma déclaration de biens au niveau du greffe que j’occupe. Parce que la loi sur la détection dit que les présidents de juridiction doivent faire la déclaration de leurs biens au niveau du greffe de leur juridiction. Je me soumettrai à ça demain. Personne ne sera épargné. Qu’on ne me dise pas, non, ça ne se doit pas. Je commencerai par moi-même. Vous m’avez vu, j’ai comparu devant les juridictions ici en tant que ministre, par respect pour la loi. La loi, elle est plus forte que nous tous. Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il martelé.
Un diagnostic sévère du système judiciaire
Dans la continuité de son intervention, Charles Wright n’a pas éludé les failles internes de l’appareil judiciaire. Il a dressé un constat critique, évoquant notamment des pratiques contraires à l’éthique professionnelle, qui affectent la crédibilité des institutions.
Selon lui, la corruption ne se limite pas à l’administration publique ou au secteur privé, mais touche également la sphère judiciaire elle-même, compromettant ainsi les efforts de développement du pays. « Le mal est où ? D’abord dans ma propre maison de justice. Pour obtenir une décision de justice, parfois, vous êtes obligé de payer. Il ne faut pas qu’on soit étonné. […] À partir de là, je lance un appel à tous les collègues magistrats. Celui qui est là, il est ministre, il est magistrat : qu’on ne pense pas que la loi, c’est de l’autre côté. Est-ce qu’on peut développer un pays alors que l’on baille à la corruption ? Le doute n’a pas sa place. Quelle que soit ce que nous voulons pour notre pays, on est sorti de la transition, on est dans la phase du développement », a-t-il lancé.
Les citoyens appelés à jouer un rôle clé
En ouvrant une ligne directe de signalement, le parquet spécial entend également impliquer davantage les citoyens dans la lutte contre les pratiques illicites. Cette initiative place désormais la population au cœur du dispositif de veille et de dénonciation.
Pour Charles Wright, les prochains mois seront décisifs et permettront d’évaluer concrètement la portée de ses engagements, dans un contexte où les attentes en matière de justice et de transparence restent particulièrement élevées en Guinée.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
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Last modified: 9 avril 2026





