
Habité depuis des générations, le village de Kiriyah, perché sur le mont Gangan, continue de vivre dans un isolement presque total.

Pourtant situé à quelques encablures du centre-ville de Kindia, ce village reste enclavé et cruellement dépourvu d’infrastructures de base. Le week-end dernier, notre correspondant régional basé à Kindia s’est rendu sur place pour découvrir cette localité autrefois prospère et utile à la ville.
Pour accéder à Kiriyah, habitants comme visiteurs doivent gravir le mont Gangan à pied. Un parcours éprouvant, jalonné de sentiers sinueux et rocailleux, qui décourage même les plus courageux. Aucun engin roulant, moto, vélo ou voiture ne peut y accéder.
Interrogé sur les difficultés d’accès, l’imam de la localité, Karamoko Moussa Sylla, témoigne : « Ici, nous rencontrons d’énormes difficultés, mais la principale reste l’accès. Vous l’avez constaté vous-même : venir ici est extrêmement pénible, que l’on soit habitant ou étranger. Il faut gravir la montagne, contourner de gros rochers… c’est épuisant. Là où même les pieds souffrent, aucun véhicule ne peut passer. Nous souffrons énormément », dit-il.
Cet enclavement prive les habitants de presque toutes les infrastructures de base.

Sur le plan éducatif, la situation est particulièrement préoccupante. Chaque jour, les élèves descendent très tôt du village pour suivre les cours dans les écoles du centre urbain de Kindia, avant de remonter, épuisés, en fin de journée.
À cet effet, l’imam poursuit : « Tous nos enfants sont inscrits à l’école, mais le problème est qu’ils ne peuvent pas commencer les cours à temps. Descendre et remonter la montagne demandent beaucoup d’efforts. Après les cours, ils rentrent exténués. Étudier dans ces conditions est extrêmement difficile. Nous ne savons pas s’ils pourront atteindre leurs objectifs. La construction d’une école ici serait un grand soulagement », ajoute-t-il.
À ces difficultés s’ajoutent l’absence de structure sanitaire et le manque criant d’eau potable. Une situation qui pèse particulièrement sur les femmes. Fatoumata Camara, responsable des femmes de Kiriyah, explique :

« Nos difficultés sont énormes. Nous manquons d’eau potable. Il y avait une source aménagée par Guinée 44, mais elle n’est plus fonctionnelle. L’eau qui en sort est rouillée et dangereuse pour la santé. Nous avons aménagé une autre source, mais le débit est très faible. Nous faisons souvent de longues files d’attente, ce qui perturbe nos activités. Pour les soins, c’est encore pire : lorsqu’une femme est enceinte ou malade, ce sont les jeunes qui la transportent à dos d’homme jusqu’en ville », a déclaré Fatoumata Camara.
Face à cet isolement, certaines voix suggèrent aux habitants de quitter Kiriyah pour s’installer au quartier Gangan. Une option que rejettent catégoriquement les populations.
« Nous ne pouvons pas quitter ce village. Nous y sommes nés, nos ancêtres y ont vécu. Pourquoi partir ? Nous demandons plutôt à l’État de nous venir en aide. Quels que soient les moyens fournis, nous nous chargerons de les transporter ici. Le plus difficile, c’est d’obtenir de l’aide. Nous avons des jeunes engagés pour le développement de la localité », a-t-il déclaré.

Autrefois reconnu pour sa production de bananes et d’autres fruits, Kiriyah a perdu une grande partie de son potentiel agricole. Les plantations se raréfient aujourd’hui, affectées par les maladies et les changements climatiques. Plus que jamais, les habitants de Kiriyah lancent un appel aux autorités guinéennes pour une intervention urgente, afin de soulager leurs conditions de vie particulièrement difficiles.
Aboubacar Dramé, correspondant régional à Kindia
+224 623 08 09 10
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Last modified: 22 avril 2026




