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Procès Mohamed Diané : la fille de l’ancien ministre et plusieurs responsables attendus à la barre

7 mai 2026

Dr-Mohamed-Diane

Après une suspension d’audience, le procès en appel de l’ancien ministre de la Défense, Mohamed Diané, s’est poursuivi ce jeudi devant la chambre des appels de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières. À l’issue des débats, la cour a ordonné plusieurs mesures sollicitées par le parquet spécial avant de renvoyer l’affaire au jeudi 21 mai 2026 pour la suite des débats.

Avant ce renvoi, le procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, a poursuivi son interrogatoire du prévenu autour de ses biens, comptes bancaires et investissements.

Guidé par les questions du parquet, Dr Mohamed Diané a reconnu plusieurs biens lui appartenant. Il a notamment admis posséder deux parcelles acquises à Kankan après 2016.

L’ancien ministre a également reconnu être propriétaire d’une maison de quatre chambres avec annexes dans son village de Batè Soïla, à Kankan, acquise en 2007.

Il a aussi évoqué un domaine agricole et pastoral obtenu en 2007, précisant toutefois que les documents légaux n’ont été établis qu’en 2012. Selon lui, ce domaine ne résulte pas d’un achat, mais d’une attribution à la suite d’une réunion au cours de laquelle des terres leur auraient été accordées.

Concernant les investissements réalisés sur ce site, il a déclaré : « J’ai fait une partie en anacarde et deux hangars pour des poules pondeuses avec environ 2000 têtes. Quand ma fille qui est en France est revenue parce que moi j’étais ministre, elle a monté un projet pour lequel elle a eu un crédit avec Afriland Bank. »

Interrogé sur le montant des investissements engagés par lui-même et par sa fille, Dr Diané n’a pas été en mesure de fournir des détails précis. Cette situation a conduit le procureur spécial à demander la comparution de sa fille, M’mahawa Diané, afin d’éclairer la cour sur sa participation dans cette entreprise.

« Elle est à l’extérieur », a indiqué son père, avant d’ajouter : « Par rapport à tout ce qui appartient à mes proches, pendant les onze ans, je n’ai associé personne. Malgré les positions que j’ai occupées, aucun de mes enfants ou de mes proches n’a bénéficié d’un décret. Je n’ai jamais accepté. »

Poursuivant ses questions sur les biens immobiliers, le procureur spécial a obtenu du prévenu la reconnaissance d’une concession familiale héritée à Missira et renouvelée en 1986. Dr Diané a expliqué que cette concession avait été régularisée pour permettre à la famille de déménager.

L’ancien ministre a aussi reconnu être propriétaire d’une villa duplex à Sinkéfara, acquise en 2011 alors qu’il exerçait comme enseignant, ainsi qu’un terrain non bâti à Karifamoriah acquis en 2013 pour un montant de 20 millions de francs guinéens, alors qu’il était directeur de cabinet à la Présidence.

Il a également reconnu posséder une maison de trois chambres avec annexes acquise en 2005 à Gomboyah.

À la question de savoir quels engins roulants il possédait lorsqu’il était député, Dr Diané a répondu : « Un véhicule, un tracteur et une moissonneuse-batteuse. »

Interrogé sur ses véhicules personnels lorsqu’il occupait les fonctions de ministre directeur de cabinet, il a déclaré : « J’avais un seul véhicule personnel, de marque Toyota. Je l’ai acquis au moment où j’étais en fonction. »

À la suite de cette déclaration, le procureur spécial a sollicité de la cour que le service chargé des immatriculations fournisse la liste des véhicules enregistrés au nom de Dr Diané, affirmant que ce dernier disposerait de six véhicules.

L’audience a également porté sur les comptes bancaires du prévenu. Dr Diané a indiqué disposer d’un compte épargne ouvert depuis 2005 à l’IC Bank, établissement ensuite racheté par FirstBank.

« C’est un compte encore ouvert. J’ai procédé à des retraits sur ce compte. C’est dans ce compte que mes salaires d’université étaient virés. En 2021, on était à 68 millions. J’ai ouvert un autre compte à la Société Générale en 2009. Tous mes salaires de ministre étaient virés sur ce compte. À Ecobank, j’avais un compte en GNF et en devise. Avant qu’on ne m’arrête, il y avait 60 mille dollars, et avec mes missions à l’étranger en GNF, j’avais 300 millions », a-t-il expliqué.

Concernant ses revenus, l’ancien ministre a précisé percevoir « un salaire de 10 millions de francs guinéens en tant que ministre directeur de cabinet. Comme ministre d’État, mon salaire est monté à 13 millions. Une prime d’installation de 100 millions ».

Le parquet est ensuite revenu sur plusieurs biens situés à Conakry, notamment des parcelles à Nongo enregistrées aux noms de Mamadou Alimou Diallo, Mamadou Mouctar Bah et Sékou Kaké.

Dr Diané a nié être propriétaire de ces terrains et a déclaré ne pas connaître les deux premières personnes citées. Il a cependant reconnu connaître Sékou Kaké, « parce qu’ils sont tous de Kankan ».

Le procureur spécial a alors demandé la comparution de Sékou Kaké, présenté comme entrepreneur.

Au cours de l’audience, Alphonse Charles Wright a également affirmé que le prévenu disposerait « des hectares à Dubréka. Le numéro du titre foncier existe. Nous le porterons ici ».

Le magistrat a aussi déclaré que la société Soguifel SARLU ainsi qu’un immeuble situé à Kaloum appartiendraient à Dr Diané et seraient gérés par Sékou Kaké.

Afin de faire la lumière sur ces différents biens contestés par le prévenu, le parquet spécial a sollicité la comparution du directeur du cadastre de Conakry ainsi que du conservateur foncier.

Toutes les demandes formulées par le parquet ont ensuite fait l’objet de débats entre les différentes parties.

Prenant la parole pour la partie civile, Me Pépé Antoine Lamah a indiqué être partiellement d’accord avec les demandes du ministère public. Selon lui, certains éléments du dossier traduiraient l’existence de prête-noms, tandis que d’autres demandes mériteraient d’être écartées.

De son côté, la défense, représentée notamment par Me Almamy Samory Traoré, a rejeté certaines requêtes du parquet, particulièrement celle visant la comparution de la fille de Dr Diané, tout en soutenant la demande relative au conservateur foncier.

Me Sidiki Bérété a, quant à lui, demandé à la cour de statuer « selon son intime conviction », exprimant sa crainte que « le parquet ne prenne la cour en otage ».

Après les différentes interventions, la cour a finalement accepté l’ensemble des demandes formulées par le parquet. Elle a notamment ordonné à l’administration parlementaire de transmettre, au plus tard le lundi 18 mai 2026, la situation financière de Dr Mohamed Diané durant son mandat de député.

La cour a également ordonné la comparution de Loucény Nabé, ancien gouverneur de la Banque centrale, de Mohamed Lamine Traoré, ancien DAAF à la Présidence de la République, de M’mahawa Diané, fille du prévenu, ainsi que celle de l’entrepreneur Sékou Kaké.

Le tribunal a aussi demandé au service chargé des immatriculations de communiquer la liste des véhicules enregistrés au nom de Dr Mohamed Diané, ainsi que la comparution du directeur du cadastre de Conakry et du conservateur foncier.

Toutes ces mesures ont été mises à la diligence du procureur spécial près la CRIEF.

L’affaire a été renvoyée au jeudi 21 mai 2026 pour la poursuite des débats.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com

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Last modified: 7 mai 2026

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