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Pénurie d’essence à Kankan : « le litre à 20 000 GNF, ce n’est pas normal », dénoncent les habitants

19 mai 2026

Depuis près de trois semaines, Kankan vit au rythme d’une crise de carburant qui paralyse les activités économiques et sociales de la deuxième ville de Guinée.

Files d’attente interminables dans les stations-service, spéculation à ciel ouvert sur le marché noir, revenus en chute libre pour les chauffeurs et les artisans, à l’approche des fêtes, la colère monte.
Il est 9 heures du matin.

Déjà, la file déborde sur le trottoir. Certains attendent depuis l’aube. D’autres savent d’expérience qu’ils repartiront bredouilles.

À la station Shell du quartier Korialén, l’ambiance mêle fatigue, résignation et colère contenue. Toumani Diallo, mécanicien, est là depuis un moment. Son garage est à l’arrêt. Sans essence, pas de clients. Sans clients, pas de revenus. Et la fête approche.

« Vraiment, l’affaire d’essence est devenue difficile ici. À la veille de la fête, nous n’avons pas d’argent. Ça impacte vraiment nos activités. Je suis venu à la station dans l’espoir d’être servi, mais je n’ai pas gagné », raconte-t-il, les bras croisés devant une pompe vide.

Pour contenir l’afflux, certaines stations ont mis en place un rationnement strict : 5 litres maximum pour les motos, 20 litres pour les véhicules. Une organisation qui permet à davantage de personnes d’être servies, mais qui oblige les usagers à revenir plusieurs fois par jour faire la queue. Pour les chauffeurs de taxi, le calvaire est quotidien.
C’est là que la crise prend une autre dimension. Pendant que les stations servent au compte-gouttes, les vendeurs ambulants, eux, ne manquent jamais d’essence. Leurs bidons fleurissent au bord des routes, mais à quel prix ?

« Dans le marché noir, le litre est à 20 000 GNF. 15 000, c’est compréhensible, mais 20 000 ! Pendant la journée, on ne trouve pas l’essence, mais ils le font sortir partout pour vendre à un prix très cher », s’indigne Toumani Diallo, avant d’interpeller directement le chef de l’État : « Le président Doumbouya doit revoir cela, sinon nous ne savons pas quoi faire. »

Milimouno Tamba Michel, chauffeur de taxi-maître, confirme l’escalade des prix au fil des heures. « La journée, c’est parfois 15 000 GNF le litre. Le soir, ça monte à 20 000, voire 25 000 GNF. C’est ça qui nous fatigue », dit-il, épuisé. Le comble : certaines stations conditionnent leur service.

« Tu sors chercher 100 000 GNF dans la journée, mais on va t’obliger à prendre 5 litres d’essence. Et quand ces 5 litres finissent, tu reviens encore faire la queue. »

Mory Kourouma, élève en 11e année sciences expérimentales, a patienté de 9 heures à 13 heures passées avant d’obtenir son carburant. Quatre heures d’attente pour quelques litres d’essence. « Depuis 9h jusqu’à 13h passées, je viens à peine de prendre l’essence », raconte-t-il, soulagé mais épuisé.

Le jeune homme, malgré sa lassitude, garde une lucidité qui tranche avec la colère ambiante. « Chaque année, il y a une crise en Guinée. Ça commence vraiment à fatiguer les habitants », reconnaît-il. Mais il n’exonère pas non plus les spéculateurs :

« En période de crise, certaines personnes augmentent les prix à 30 000 ou 40 000 GNF alors que le prix à la station ne change pas. »

Sa solution ? Le dialogue. « L’État doit s’adresser au peuple pour faciliter la compréhension entre nous. Si on se comprend, on peut avancer un peu. »

Ce qui exaspère le plus certains habitants, c’est l’opacité qui entoure la situation. Guilavogui Gaspard, étudiant diplômé, exprime ce sentiment d’abandon avec des mots directs : « Depuis le matin, nous sommes là. On ne fait que nous manipuler avec l’affaire d’essence. Nous voulons nous rendre sur nos lieux de travail, mais quand tu viens, il n’y a pas d’essence. On ne sait pas si la crise est nationale ou pas, ou bien si c’est seulement la ville. Mais nous faisons appel aux autorités, surtout à notre gouverneur, premier responsable, pour venir en aide parce que nous traversons des moments difficiles. »

Cette question, crise nationale ou rupture localisée à Kankan ? revient dans toutes les conversations, sans réponse officielle. Et c’est précisément ce silence qui alimente les rumeurs et amplifie l’inquiétude.

Du mécanicien à l’étudiant, du chauffeur de taxi au simple usager, tous s’accordent sur un point : les autorités doivent agir vite. Renforcer le contrôle autour de la distribution du carburant, lutter contre la spéculation des revendeurs ambulants, et surtout communiquer clairement sur l’origine de la crise et les mesures prises pour y remédier.

À l’approche des fêtes, chaque jour qui passe aggrave la situation d’une population déjà fragilisée économiquement. Kandé Amara, qui a finalement réussi à obtenir quelques litres après une longue attente, résume l’absurdité de la situation : « Ce qui dramatise la situation, c’est quand les bidons sont favorisés. Les vendeurs ambulants aggravent vraiment le problème. Quand on paye le litre à 30 000 ou 35 000 GNF, ce n’est pas normal. »
Kankan attend. Des explications, des solutions, et surtout de l’essence. Trois semaines de crise, et la ville tourne au ralenti. Si rien ne change rapidement, c’est toute l’économie de la capitale de la Haute-Guinée qui risque de caler, bien avant que les réservoirs ne soient de nouveau pleins.

Karifa Kansan Doumbouya, correspondant à Kankan
622-47-09-60

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Last modified: 19 mai 2026

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