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Simbaya 1 : une famille expulsée après plus de 40 ans d’occupation

24 mai 2026

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À Simbaya 1, dans le secteur Anour relevant de la commune de Ratoma, un différend autour d’un terrain continue d’alimenter les tensions entre les familles Soumah et Keita. Cette affaire domaniale, qui dure depuis plusieurs années devant les juridictions guinéennes, a pris une nouvelle dimension après l’expulsion de la famille Soumah du domaine qu’elle occupait depuis plusieurs décennies.

Depuis le 8 mai dernier, plusieurs membres de cette famille disent vivre à la belle étoile après la destruction de leur habitation. Selon leurs proches, des personnes âgées ainsi qu’un nourrisson âgé de seulement deux semaines passent désormais leurs nuits devant les décombres de l’ancienne concession.

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Rencontré sur les lieux, Mohamed Soumah, enseignant et fils aîné d’Aboubacar Soumah, affirme que son père avait acquis ce terrain au début des années 1980 auprès de la famille Keita. « C’est en 1982 que Hassane Keita, aujourd’hui celui qui nous a attaqués, était étudiant à l’université au département EchoMaths. Vers la fin de son cycle, la famille n’avait rien. Ils avaient vendu tous les terrains qui nous entourent. C’est l’unique terrain qui restait où repose son père, feu Seny Keita », explique-t-il.

Selon lui, cette vente serait intervenue dans un contexte de difficultés financières que traversait alors la famille Keita. « La jumelle de Hassan Keita était malade et lui-même était à la fin de son cycle universitaire. Ils voulaient régler ses études et trouver du travail. C’est ainsi que mon père a acheté le terrain après plusieurs discussions avec le mari de la jumelle de Hassan Keita qui servait d’intermédiaire », soutient Mohamed Soumah.

D’après ses explications, sa famille vit sur ce terrain depuis plus de quarante ans et y a progressivement construit plusieurs habitations. « De 1982 à nos jours, si un terrain n’a pas été acheté, comment la personne peut venir réclamer cela aujourd’hui ? Nous sommes plus de 25 personnes dans cette concession. Moi je suis marié, j’ai six enfants », affirme-t-il.

Le plaignant estime également que le litige aurait pris une autre tournure après un projet de construction d’école destiné aux enfants défavorisés du quartier. « Grâce à un projet d’aide humanitaire, on nous a demandé de céder le soubassement de mon père afin de construire une école pour les enfants démunis du quartier. Lui aussi possède une école dans le même secteur. C’est à cause de cette école qu’il s’est préparé pour faire arrêter les travaux », accuse-t-il.

Mohamed Soumah dénonce aussi plusieurs irrégularités dans le traitement judiciaire du dossier. Selon lui, des documents et témoignages présentés par leur camp n’auraient pas été pris en considération. « Nous avons fait plusieurs recours. Des voisins ayant acheté leurs terrains auprès des mêmes vendeurs ont produit leurs documents. Les signatures étaient identiques. Mais nos témoignages n’ont pas été pris en compte », regrette-t-il.

Poursuivant son récit, il revient sur les différentes étapes de la procédure judiciaire. « Après notre passage en cassation, le dossier est revenu à la Cour d’appel de Conakry où il a été confié à Fodé Bangoura, aujourd’hui premier président de chambre à la Cour suprême. Il avait effectué un transport judiciaire avant de rendre un arrêt en faveur de la partie adverse. Par la suite, nous avons décidé de saisir de nouveau la Cour suprême. Le dossier devait être examiné par la chambre réunie. Mais après le remaniement intervenu dans l’appareil judiciaire, Fodé Bangoura et son équipe ont été réaffectés. Aujourd’hui, nous estimons que nous n’avons plus beaucoup de recours pour contester cette décision. Nous pensons que la justice doit rester neutre entre les parties et que les décisions doivent être rendues uniquement sur la base des faits et des preuves », déclare-t-il.

Il affirme également que la famille avait obtenu une décision favorable à un moment de la procédure avant que le dossier ne connaisse de nouveaux rebondissements. « Nous avons obtenu une décision favorable en cassation en 2017, avant que le dossier ne retourne à la Cour d’appel. Finalement, plusieurs décisions ont été rendues en faveur de la partie adverse jusqu’à l’arrêt qui a conduit à notre expulsion. Nous avons ensuite engagé une requête en annulation et poursuivi l’huissier après l’expulsion. Selon nous, l’huissier a été sanctionné après examen du dossier. Malgré cela, la maison a été détruite et aujourd’hui nous sommes dans la rue avec nos enfants. Ce que nous demandons simplement, c’est qu’une justice neutre soit rendue, loin de toute influence ou pression », insiste-t-il.

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Les déclarations de Mohamed Soumah sont appuyées par Hadja Bountou Sylla, une habitante du quartier présentée comme témoin dans cette affaire. Elle affirme avoir été informée de la vente du terrain à l’époque. « La mère du policier en question, M’mah Cissé, est venue me voir un jour avec le père de ceux qui sont déguerpis, feu Aboubacar Soumah. Elle m’a dit : “Mon fils Alhassane est à l’école et sa sœur jumelle M’balou est malade, c’est pourquoi j’ai vendu le terrain. Mais dites-leur que quand ils seront prêts, qu’ils épargnent la tombe de mon époux” », raconte-t-elle.

La dame dit également avoir exploité ce terrain avant les constructions. « C’est moi qui plantais du manioc sur le terrain concerné. En cas où la tombe serait touchée par la route, elle avait demandé qu’on veille là-dessus aussi. Je ne saurais me taire sur cette confidence. Elle a effectivement vendu le terrain à Aboubacar Soumah », soutient-elle.

Contacté après plusieurs tentatives, Alhassane Keita rejette pour sa part les accusations portées contre lui et affirme s’en remettre à la justice. « J’ai confiance à la justice. J’ai un avocat pour ça… On ne prostitue pas une tombe, on ne peut pas prostituer une tombe. Tout ce qui se dit, ce sont des histoires. Une tombe, c’est un domaine sacré », a-t-il déclaré avant de mettre fin à l’entretien.

Malgré les procédures en cours et les contestations formulées par la famille Soumah, un chantier est déjà visible sur le terrain au cœur du litige. Pendant ce temps, les tensions restent vives entre les deux familles, dans un dossier qui continue de susciter de nombreuses réactions dans le quartier.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com

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Last modified: 24 mai 2026

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