
Chaque 7 juin, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de la sécurité sanitaire alimentaire.
Si dans de nombreux pays cette insécurité découle de conflits armés ou de catastrophes naturelles, la Guinée présente un tableau différent lié à des conditions structurel et multidimensionnel.
Selon les données du World Food Programme, environ 2,9 millions de personnes, soit 21,8 % des ménages guinéens, vivent en situation d’insécurité alimentaire.
Ce chiffre, déjà préoccupant en lui-même, masque une réalité plus complexe : notre pays traverse simultanément deux crises nutritionnelles de nature opposée, dont la convergence constitue aujourd’hui un défi sanitaire majeur.
LA MALNUTRITION INFANTILE
Les données combinées de l’UNICEF et de l’enquête SMART 2022 dressent un constat sans ambiguïté. 24,4% des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance, marqueur d’une carence nutritionnelle chronique débutant in utero et se prolongeant durant les premières années de vie. La malnutrition aiguë globale atteint 6,1 %, tandis que près de 12 % des enfants présentent une insuffisance pondérale.
L’indicateur le plus préoccupant demeure cependant l’anémie : 74 % des enfants et plus de 50 % des femmes en âge de procréer sont concernés.
Ces chiffres traduisent une carence chronique en micronutriments notamment le fer avec des répercussions directes sur le développement cognitif, immunitaire et hormonal de l’enfant.
UNE ALIMENTATION FRAGILISÉE PAR L’INSÉCURITÉ SANITAIRE
La sécurité sanitaire des aliments constitue un défi structurel persistant. La forte dépendance à l’alimentation de rue en milieu urbain, les conditions d’hygiène insuffisantes dans les circuits informels et l’accès inégal à l’eau potable entretiennent un cercle vicieux bien documenté : infections digestives répétées, malabsorption intestinale et aggravation progressive des déficits nutritionnels.
LE DOUBLE FARDEAU NUTRITIONNEL : UNE RÉALITÉ ÉMERGENTE
La Guinée illustre aujourd’hui un phénomène que l’OMS observe à l’échelle du continent africain : la coexistence, au sein d’une même population, de la sous-nutrition et de l’émergence des maladies liées à la suralimentation.
- D’un côté, un retard de croissance à 24,4 %, une malnutrition aiguë à 6,1 % et une anémie à 74 %.
- De l’autre, les tendances régionales de l’OMS et de l’International Diabetes Federation font état d’une progression constante du diabète de type 2, de l’obésité urbaine et de l’hypertension artérielle.
DES CONSÉQUENCES DIRECTES SUR LA SANTÉ MÉTABOLIQUE
Cette situation nutritionnelle engendre quatre catégories de répercussions cliniques majeures.
Le diabète de type 2 progresse silencieusement. La transition alimentaire vers les glucides raffinés et les produits ultra-transformés crée un terrain d’insulinorésistance progressive. Dans ce contexte, le diagnostic est fréquemment posé tardivement, au stade des complications.
L’obésité et le syndrome métabolique gagnent du terrain.
L’urbanisation rapide entraîne une sédentarisation croissante et une profonde modification des habitudes alimentaires, se traduisant par une augmentation de l’obésité abdominale, de l’insulinorésistance et de l’hypertension artérielle associée.
Les troubles endocriniens de l’enfant sont sous-estimés.
Le retard de croissance à 24,4 % traduit une altération de l’axe somatotrope GH–IGF-1, avec pour conséquences un retard pubertaire fonctionnel, une diminution du capital osseux et une vulnérabilité métabolique accrue à l’âge adulte.
L’enfant malnutri d’aujourd’hui est le patient diabétique ou hypertendu de demain.
Les carences micronutritionnelles altèrent la fonction endocrine. L’anémie massive à 74 % ne se limite pas à ses répercussions hématologiques.
Elle affecte le développement neuroendocrinien, perturbe la fonction thyroïdienne et compromet les capacités immuno-métaboliques de l’organisme.
CONCLUSION
La sécurité alimentaire n’est plus seulement un enjeu social ou humanitaire. Elle est devenue un déterminant majeur de pathologies chroniques émergentes tels que le diabète, l’obésité, le retards de croissance, les maladies de carence dont le coût humain et économique est considérable.
En cette Journée mondiale du 7 juin, le message clé est: investir dans la nutrition, c’est investir dans la prévention. C’est agir en amont, là où les épidémies peuvent encore être évitées.
Dr Ibrahima Sory Barry
Résident en Nutrition, Endocrinologie et Maladies Métaboliques
L’article Guinée : entre insécurité alimentaire silencieuse et explosion des maladies métaboliques (Par Dr Ibrahima Sory Barry) est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
Last modified: 7 juin 2026




