
Le Donkin du Fouta peut réussir davantage que tous les autres Donkin de Guinée.
J’assume pleinement cette affirmation. Chacun est libre d’y adhérer ou non, de la critiquer ou d’en débattre. Pour ma part, je m’exprime en tant que Mamadou Thug, fort de quatre années d’expérience dans le domaine de la législation guinéenne, artiste depuis plus de vingt-cinq ans et entrepreneur culturel depuis 2009.
Les réflexions que je partage ici traduisent une réalité que beaucoup connaissent déjà, même si certains hésitent encore à la reconnaître. Que l’on apprécie ma personne ou non ne change rien aux constats que je souhaite mettre en lumière.
Le Fouta dispose d’un potentiel exceptionnel. Son riche patrimoine culturel et pastoral, porté notamment par la danse Pōdha et de nombreuses autres expressions traditionnelles, lui permet de mobiliser un public considérable dès lors que les moyens logistiques, organisationnels et financiers sont réunis.
Mais la plus grande richesse du Fouta-Djalon réside sans doute dans son immense patrimoine touristique. Ses paysages, ses sites naturels et son histoire attirent déjà de nombreux visiteurs venus de toute la Guinée et d’ailleurs. À cela s’ajoutent la réputation de l’élégance et du charme des femmes foutaniennes, ainsi que l’hospitalité légendaire de la région, autant d’atouts qui contribuent à susciter l’intérêt des Guinéens de toutes les régions pour le Donkin du Fouta.
Malheureusement, dans notre pays, certaines réalités semblent parfois être traitées à deux vitesses. Aucun grand événement culturel ne peut atteindre son plein potentiel sans un accompagnement institutionnel et financier conséquent de l’État. Or, force est de constater que les ressources et les soutiens sont souvent orientés vers certains événements, tandis que d’autres peinent à bénéficier de la même attention.
De leur côté, de nombreux sponsors privilégient également certaines destinations au détriment du Fouta. Pourtant, une analyse objective montre qu’une part importante de leur activité économique repose sur les populations foutankées. Il serait donc légitime qu’ils accordent davantage d’intérêt et de soutien aux initiatives culturelles portées par cette région.
Une autre réalité mérite d’être soulignée. Dans plusieurs régions du pays, les cadres et responsables se mobilisent collectivement autour des grands événements qui valorisent leur culture et leur identité. Chez nous, malheureusement, cette dynamique collective fait souvent défaut. Nous avons parfois tendance à soutenir des initiatives individuelles plutôt qu’à nous unir autour de projets fédérateurs capables de porter haut les couleurs du Fouta.
Il convient également de rappeler qu’une part importante des artistes guinéens qui mobilisent les foules à travers le pays et à l’international est originaire de cette région riche en traditions et en valeurs culturelles, notamment à travers la langue poular. Les personnes qui remplissent les salles, participent aux spectacles et soutiennent les artistes dans les différentes villes de Guinée comme à l’étranger sont, pour une large part, des ressortissants du Fouta.
Pourtant, au-delà du manque de reconnaissance dont souffrent parfois les artistes, beaucoup d’entre nous hésitent encore à assumer pleinement cette culture qui nous nourrit, nous ouvre des portes et nous permet de voyager à travers le monde. Pourquoi avoir peur d’affirmer ses origines lorsque celles-ci constituent une richesse et une source de fierté ? Tout n’est pas une question d’argent lorsqu’il s’agit de reconnaître son identité et de la célébrer avec fierté, notamment à l’occasion de la Tabaski ou du Donkin du Fouta.
Enfin, il faut reconnaître que de nombreux opérateurs économiques demeurent disponibles pour accompagner leur communauté. Cependant, certaines grandes fortunes de la région restent encore peu impliquées dans le financement des activités culturelles et dans le développement de leur terroir. Leur engagement pourrait pourtant jouer un rôle déterminant dans le rayonnement de la culture et dans la réussite de ses grands événements.
En tant qu’homme de culture, disposant d’une connaissance modeste mais réelle de notre patrimoine culturel ainsi que des mécanismes de financement des événements culturels, je reste ouvert à tout débat constructif, respectueux et orienté vers des solutions. Mon unique ambition est de contribuer au développement de la culture guinéenne dans toute sa diversité, sans exclusion ni esprit de division.
Il est essentiel de mieux préparer les prochaines éditions du Donkin afin que chaque région puisse constater l’implication effective de l’État dans ces grands rendez-vous culturels. Cela permettra de renforcer leur rayonnement, leur visibilité et leur impact, au bénéfice de toute la Guinée.
Honorable Mamadou Thug
Artiste-comédien et acteur culturel
L’article Le « Donkin » du Fouta : un géant qui s’ignore encore (par Mamadou Thug) est apparu en premier sur Guinee7.com.
Last modified: 11 juin 2026




