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INTERVIEW- Pascal Ferré à Mediaguinee  : « mon plus fort souvenir du Ballon d’Or, c’est le jour où j’étais allé rencontrer Sadio Mané »

16 juin 2026

À Conakry pour partager son expérience avec une soixantaine de journalistes sportifs guinéens, Pascal Ferré, ancien directeur de la rédaction de France Football jusqu’en 2023, ex-responsable du prestigieux Ballon d’Or et ancien directeur de la communication du Paris Saint-Germain (PSG), est revenu sans détour, dans cet entretien, sur l’évolution d’un métier bousculé par la vitesse de l’information.

Il évoque également les exigences de rigueur qui fondent le journalisme sportif, ainsi que les réalités souvent méconnues qui distinguent ceux qui racontent le sport de ceux qui le vivent de l’intérieur. Entre confidences, analyses et souvenirs marquants, Pascal Ferré, aujourd’hui en poste à TV Media Sport (TVMS), livre son regard sur son parcours et sur l’avenir du journalisme sportif. Interview…

Mediaguinee : Vous avez dirigé la rédaction de France Football pendant plusieurs années. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution du journalisme de sport?

Pascal Ferré : Alors, j’ai l’impression qu’on me fait passer pour un très, très vieux monsieur, mais en même temps, je ne suis plus un jeune (rires). Évidemment que le métier de journaliste de sport a évolué, parce qu’il y a 20 ans ou il y a 30 ans, je pense que la principale évolution, elle se tient dans l’immédiateté. Il y a 20 ans ou il y a 30 ans, quand il se passait quelque chose sur un terrain, on va dire aller sur un terrain en Finlande, ça prenait un petit peu de temps avant d’être mis au courant à Conakry, à Philadelphie ou à Tokyo. Maintenant, c’est quasiment instantané et c’est cette instantanéité avec laquelle il faut composer. Est-ce que c’est une bonne ou une mauvaise chose ? Je ne sais pas, mais c’est une chose avec laquelle il faut composer. 

Quelles ont été les plus grandes décisions que vous avez prises à la tête de ce grand média ? 

Un grand média comme ça, ça ne se dirige pas à coups de changements de cap à gauche, à droite.
C’est une longue traversée où chaque jour, il y a des petits coups de gouvernail à mettre à droite, à gauche, mais avec toujours la même précaution, c’est-à-dire mettre tout là-haut la justesse et l’exigence journalistique. Donc ça, ça ne nécessite pas des grands coups de barre, ça nécessite des petits ajustements chaque jour, rappeler aux journalistes qui sont autour de la table en conférence de rédaction qu’ils font le plus beau métier du monde. Mais qu’ils font aussi un métier qui nécessite énormément d’exigence. On n’a pas le droit de s’endormir, on n’a pas le droit de se laisser ramollir le cerveau, parce que nos lecteurs, eux, attendent de plus en plus et de mieux en mieux. Donc dans ces conditions-là, il faut être exigeant matin, midi et soir. 

Votre passage au Paris Saint-Germain (PSG) en tant que directeur de la communication vous a-t-il donné une vision différente du rôle du journalisme de sport ? 

C’est une question qui est marrante, dans la mesure où quand on se retrouve de l’autre côté de la barrière, on peut avoir une vision un petit peu différente de mon ancienne famille journalistique. Mais finalement, non, je me suis aperçu que c’était un métier toujours aussi exigeant. Mais comme j’étais de l’autre côté de la barrière, je me suis aperçu de ceux qui travaillaient et qui accomplissaient le travail invisible, dont je parle assez souvent, et ceux qui en faisaient un peu moins. Et finalement, j’étais de moins en moins surpris par les écrits ou les contenus que je pouvais voir, parce que je savais comment ça travaillait. Et il n’y a jamais de magie. Quand on travaille beaucoup, il y a des résultats. Quand on ne travaille pas beaucoup, il y a des résultats, mais qui sont moindres. 

Vous avez été patron du Ballon d’Or pendant plusieurs années. Quels sont vos plus grands souvenirs dans l’attribution de ce prestigieux trophée ? 

Le Ballon d’Or, c’est une longue quête. Mais quitte à surprendre, je pense que mon souvenir, peut-être le souvenir le plus fort que j’ai avec le Ballon d’Or, c’est le jour où j’étais allé rencontrer Sadio Mané pour lui annoncer qu’il n’avait pas gagné. Parce que ça aussi, on le fait de temps en temps.
C’était une période, une séquence qui était forcément assez émouvante. Mais en même temps, ça fait partie du Ballon d’Or. Tous les ans, il n’y a qu’un seul vainqueur.
Ce ne sont pas des perdants, mais il y a des deuxièmes, des troisièmes et des quatrièmes. Et
pourquoi je m’en souviens ? Parce que j’ai un certain lien avec Sadio Mané. Mais en même temps, je me devais la neutralité la plus absolue. Et donc voilà, ça s’est passé comme ça. 

Selon vous, quels critères devraient primer aujourd’hui dans le choix du Ballon d’Or ?

Ça, je n’en parle pas parce que je n’en fais plus partie. Je laisse les critères qui sont actuellement en place. Ce n’est pas à moi de juger. 

Pensez-vous que le Ballon d’Or reflète toujours fidèlement la hiérarchie mondiale du football ? 

Là, on va arrêter parce que je ne veux pas parler du Ballon d’Or. Je n’y suis plus.
Je n’y suis plus au Ballon d’Or. Oui, pour moi, c’est le plus beau, c’est la plus belle récompenseindividuelle qui puisse exister. 

Les réseaux sociaux ont-ils renforcé ou fragilisé le métier du journalisme de sport, selon vous ? 

Je pense que ça ne l’a pas forcément fragilisé, mais ça l’a compliqué. Comment ? Parce que c’est une concurrence supplémentaire, mais qu’on ne peut pas maîtriser.

Vous êtes à Conakry depuis quelques jours. Qu’est-ce qui vous a motivé à venir former des journalistes de sport guinéens ? 

J’adore la transmission. Et à partir du moment où j’avais le sentiment d’avoir quelques éléments à pouvoir transmettre, je suis venu avec le plus grand des plaisirs pour retransmettre à la fois ma passion d’un métier et puis quelques codes, quelques ficelles, quelques astuces pour aider l’ensemble des journalistes guinéens à aller le plus loin et le plus haut possible. 

Que retenez-vous de votre séjour à Conakry et de cette expérience ? 

J’ai retenu beaucoup de choses. J’espère que ceux que j’avais en face de moi ont pris autant de plaisir que j’ai pu en prendre à partager un savoir, une expérience et certaines ficelles du métier. Mais ce qui m’a le plus marqué et impressionné, c’est la passion de tous les journalistes qui se trouvaient en face de moi. Et quand on fait ce genre de métier, je pense que c’est une espèce de pile qui nous permet de continuer jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, parce que c’est un métier qui est exigeant, c’est un métier qui peut être fatigant, mais c’est un métier qui peut être surtout exaltant. 
Je pars parce que c’est un séjour qui était prévu et une formation qui était prévue sur quatre jours, mais j’espère bien revenir parce que là, ce n’est que le début. On ne peut pas dire qu’on a transformé, transfiguré 60 personnes en l’espace de quatre jours. Disons qu’on a commencé à les sensibiliser, à les écouter aussi, parce qu’enseigner, c’est aussi écouter. Donc, on a passé du temps à écouter avec Romain, mon partenaire de formation, de manière à pouvoir ajuster au plus près, au plus juste, ce qui devait être corrigé, ce qui devait être travaillé.
Mais ce genre de formation, elle nécessite des piqûres de rappel, de manière à ce que tout ce qui a été enseigné soit parfaitement intégré, soit parfaitement compris et soit surtout parfaitement mis en pratique très régulièrement. Donc, j’espère évidemment revenir très vite en Guinée. 

Réalisée par Sadjo Bah

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Last modified: 16 juin 2026

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