
L’ancien Premier ministre, Ibrahim Kassory Fofana, connaîtra le verdict de la chambre des appels de la CRIEF le 2 juillet prochain. C’est à l’issue des réquisitions du parquet et des plaidoiries des parties, tenues ce jeudi 18 juin 2026, que la date a été fixée.
L’ancien chef du gouvernement est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux. Il lui est reproché d’avoir détourné 15 milliards de francs guinéens.
Dans cette procédure, la partie civile a demandé à la cour de confirmer purement et simplement la décision rendue en première instance. Elle souhaite ainsi maintenir la condamnation à cinq ans de prison, accompagnée d’une amende de deux milliards de francs guinéens. Elle demande également la confiscation des fonds déposés sur les comptes bancaires de l’ancien Premier ministre à VistaGui au profit de l’État guinéen, le remboursement des 15 milliards de francs guinéens, ainsi que le paiement de trois milliards de francs guinéens en réparation du préjudice subi par l’État. La partie civile sollicite en plus la condamnation de l’appelant à 20 millions de francs guinéens pour appel jugé abusif.
De son côté, le parquet a adopté la même ligne, en demandant à la chambre des appels de rejeter le recours introduit par Ibrahim Kassory Fofana et de confirmer l’ensemble des dispositions du jugement de première instance.
Mais face à ces réquisitions, la défense de l’ancien Premier ministre a vivement contesté les accusations. Les avocats de Kassory Fofana rejettent les éléments présentés contre leur client et demandent sa relaxe pure et simple.
Me Almamy Samory Traoré, l’un des conseils de la défense, estime que le dossier repose essentiellement sur un rapport de l’Inspection générale d’État (IGE) qu’il juge irrégulier et incomplet. Dans ses explications devant la cour, il a remis en cause la solidité même des accusations.
Il affirme notamment que la procédure soulève des problèmes de fond. « La partie civile et le parquet sont en difficulté. Selon eux, le fait que ces derniers demandent que l’ancien Premier ministre soit condamné sur la base du rapport établi par l’IGE a été fait à l’insu de leur client », a expliqué Me Almamy Samory Traoré.
Poursuivant sa plaidoirie, l’avocat insiste sur des failles dans l’enquête. Selon lui, plusieurs personnes entendues par les inspecteurs d’État n’ont pas été convoquées devant la juridiction de jugement. « Les personnes qui ont été entendues par les inspecteurs d’État sont connues et n’ont pas été citées devant la juridiction. Lorsqu’on considère qu’il y a détournement, les personnes qui ont été entendues doivent être convoquées, mais elles ne sont pas venues », a-t-il indiqué.
La défense soutient également que Dr Kassory Fofana ne peut être tenu responsable des faits reprochés, en raison de son statut dans la gestion du budget concerné. « Dr Kassory, qui n’est pas ordonnateur de ce budget, n’a pas été entendu par les inspecteurs et on demande à ce que l’intéressé puisse répondre », a rappelé Me Traoré.
Pour les avocats, le problème central reste la valeur juridique du rapport utilisé par l’accusation. Me Almamy Samory Traoré parle d’un document non contradictoire et donc juridiquement fragile. « Nous avons mis en avant l’irrégularité du rapport du fait que le rapport n’est pas contradictoire. Parce que les inspecteurs d’État sont régis par le principe de neutralité, d’indépendance et le principe du contradictoire prévu à l’article 6 du décret qui réglemente ce service », a-t-il expliqué.
Pour appuyer son argumentation, la défense rappelle même une jurisprudence récente. « Ils ont failli à ce principe et c’est ce qui a même conduit à la relaxe dans l’affaire du Dr Ibrahima Kourouma où les juges ont dit clairement qu’un rapport irrégulier pris à l’insu de la personne contrôlée ne peut pas lui être opposable », a-t-il ajouté.
Toujours dans la même logique, Me Traoré invoque des dispositions légales pour remettre en cause la solidité des charges. « C’est sur le fondement de l’article 6 du décret et de l’article 499 du Code de procédure pénale qui dit qu’un rapport qui n’est pas régulier ne peut pas avoir force probante. À côté de ce rapport-là, il n’y a aucune autre pièce de preuve, on ne peut pas entrer en condamnation », a-t-il précisé.
Enfin, la défense estime qu’aucun élément comptable direct ne relie l’ancien Premier ministre aux faits de détournement. « À part ce rapport irrégulier, il n’y a aucune pièce comptable qui lie Kassory à ces détournements. Nous sommes convaincus que si la juridiction d’appel fait preuve d’impartialité et d’indépendance, Kassory sera relaxé », a conclu Me Almamy Samory Traoré.
La décision de la chambre des appels est donc attendue le 2 juillet prochain, dans un dossier où la défense dénonce les irrégularités de procédure et le fond du dossier.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
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Last modified: 19 juin 2026




