

Selon son récit, quelques instants plus tard, alors qu’elle se trouvait encore près de son commerce, elle aperçoit des jeunes courir dans tous les sens.
« Je leur ai demandé ce qui se passait, mais personne ne m’a répondu. Quand j’ai voulu aller voir, les forces de sécurité ne m’ont pas laissée passer. Plus tard, on m’a annoncé que mon fils avait reçu une balle et qu’il était décédé. »
La douleur laisse rapidement place à un cri du cœur.
« Je pardonne à mon fils, mais je ne pardonne pas à celui qui l’a tué. Je demande à l’État et aux forces de l’ordre d’arrêter de tirer sur nos enfants. Son papa ne vit plus. Nous les élevons jusqu’à ce qu’ils grandissent. Au moment où ils commencent à pouvoir nous aider, des forces de sécurité viennent pointer des armes sur eux et les tuent. »
À quelques mètres de là, Hassan Diallo, oncle de la victime, tente lui aussi de contenir son émotion. Il raconte avoir appris la nouvelle alors qu’il venait de rentrer du travail.
« Je suis revenu à 14 heures et je me suis couché. Ensuite, j’ai entendu des pleurs. Quand je suis sorti, on m’a dit que mon neveu avait été touché par balle. Je me suis précipité à l’hôpital Jean-Paul II. »
Il précise ne pas avoir assisté directement aux faits, mais rapporte les explications recueillies auprès des jeunes qui ont transporté son neveu à l’hôpital.
Selon lui, une manifestation avait éclaté à Dar-es-salam avant que plusieurs jeunes ne se dirigent vers le terrain de football où Tierno Amadou Bella Diallo s’entraînait.
« Mon neveu jouait au football. C’était son rêve de devenir footballeur. Les jeunes dispersés se sont retrouvés sur le terrain où il s’entraînait. Les gendarmes les ont poursuivis jusque-là et, selon les témoignages que nous avons recueillis, ils ont tiré. Mon neveu a été atteint en pleine poitrine. »
Transporté d’urgence à l’hôpital Jean-Paul II, le jeune garçon reçoit les premiers soins avant d’être transféré vers l’hôpital national Donka.
« Les médecins nous ont expliqué qu’ils n’avaient pas le matériel nécessaire pour extraire la balle. Ils l’ont stabilisé et nous ont demandé de le conduire rapidement à Donka parce qu’il faisait une hémorragie interne. Dix à quinze minutes après notre arrivée, on nous a annoncé son décès. »
Âgé d’environ 16 ou 17 ans, Tierno Amadou Bella Diallo préparait les épreuves du BEPC.
« Il devait composer cette année. Il était élève, mais il nourrissait aussi une véritable passion pour le football. Toute la famille l’encourageait parce qu’on croyait en son talent. Malheureusement, il ne réalisera ni son rêve de devenir footballeur ni celui d’obtenir son BEPC »
L’oncle de la victime affirme qu’au lendemain du drame, la famille n’avait reçu la visite d’aucune autorité.
Il raconte également les difficultés rencontrées pour rejoindre son neveu à l’hôpital.
« Je suis journaliste. J’ai présenté mon badge professionnel aux gendarmes qui avaient installé un dispositif de sécurité. Certains ont refusé de me laisser passer malgré tout. Ce n’est qu’après l’intervention de quelques-uns de leurs collègues que j’ai pu continuer mon chemin. »
Le jeune garçon a finalement été inhumé le lendemain de son décès, conformément aux rites musulmans.
Au-delà de la douleur familiale, Hassan Diallo estime que la disparition de son neveu représente une perte pour tout le pays.
« Aujourd’hui, ce n’est pas seulement une famille qui perd un enfant. C’est la Guinée qui perd un jeune qui pouvait apporter quelque chose à son pays. Nous demandons aux autorités de faire toute la lumière sur cette affaire, d’identifier l’auteur de ce crime et de tout mettre en œuvre pour que de tels drames ne se reproduisent plus. Au XXIe siècle, un jeune ne devrait pas mourir sous les balles. »
Christine Finda Kamano
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Last modified: 26 juin 2026




