
La saison des pluies est aussi celle des épidémies. Entre les eaux contaminées, les caniveaux obstrués et la prolifération des moustiques, les risques de choléra, de fièvre typhoïde et de paludisme s’intensifient. Le Dr Ben Youssouf Keïta livre ses recommandations pour protéger les populations et interpelle les autorités sur l’urgence d’agir.
Guinee7.com : Avec l’arrivée de la saison des pluies en Guinée, quelles sont les principales maladies hydriques qui menacent la population et pourquoi cette période favorise-t-elle leur propagation ?
Dr Ben Youssouf Keïta : Les principales maladies sont le choléra, qui est la plus grave, puis le paludisme, la fièvre typhoïde et certaines maladies diarrhéiques.
Le choléra est une maladie bactérienne provoquée par le Vibrio cholerae. Cette bactérie est généralement transportée par les eaux usées, les eaux de ruissellement, les carcasses d’animaux morts et d’autres déchets qui favorisent son développement. Pendant la saison des pluies, avec des réseaux d’assainissement souvent défaillants, le risque de contamination augmente.
Il faut toutefois noter qu’en Guinée, grâce aux dispositions prises ces dernières années par le ministère de la Santé, on enregistre peu, voire pas de cas de choléra. En revanche, dans des pays comme la République démocratique du Congo (RDC), cette maladie reste présente. Ainsi, la principale maladie hydrique de la saison des pluies demeure le choléra.
Viennent ensuite les autres maladies diarrhéiques, notamment la fièvre typhoïde. Celle-ci est causée par la bactérie Salmonella Typhi, transmise par les selles. Il s’agit d’une contamination oro-fécale. Chez nous, certaines personnes déversent malheureusement leurs déchets ménagers dans les caniveaux, ce qui favorise la prolifération de cette bactérie.
Si, par hasard, vous entrez en contact avec une eau souillée et que vous portez ensuite vos mains à la bouche, vous pouvez contracter la fièvre typhoïde.
Enfin, il y a le paludisme. Avec les pluies, de nombreuses flaques d’eau stagnante se forment. Elles constituent des lieux de reproduction des moustiques. Lorsque les moustiques, notamment les anophèles femelles infectées, piquent une personne, ils transmettent le parasite responsable du paludisme. Voilà les principales maladies favorisées par la saison des pluies lorsque les mesures de prévention ne sont pas respectées.
Quels sont les premiers signes d’alerte du choléra, de la fièvre typhoïde ou des diarrhées aiguës, et à quel moment faut-il consulter un professionnel de santé ?
Le premier signe est l’apparition soudaine d’une diarrhée abondante. Dans ce cas, il faut consulter rapidement un médecin afin de déterminer s’il s’agit d’une indigestion, d’une intoxication alimentaire ou du choléra.
Pour la fièvre typhoïde, les signes sont une fièvre persistante ou intermittente, des douleurs abdominales et une perte d’appétit. Il est alors nécessaire de consulter un professionnel de santé, qui pourra demander les examens appropriés afin de confirmer ou d’écarter le diagnostic.
S’agissant du paludisme, lorsqu’un enfant ou un adulte présente de la fièvre, il ne faut pas conclure immédiatement à une grippe. Il est préférable de consulter un médecin, qui réalisera un test de diagnostic afin de déterminer s’il s’agit ou non du paludisme.
En résumé, en cas de diarrhée, de fatigue importante ou de fièvre, il faut consulter rapidement le centre de santé le plus proche.
Quelles sont les mesures de prévention les plus efficaces que les ménages peuvent adopter pour protéger leur famille contre les maladies liées à l’eau contaminée pendant la saison des pluies ?
La première mesure consiste à éviter l’accumulation des déchets ménagers dans les concessions. Les PME chargées de la collecte des ordures doivent poursuivre leur travail et les familles doivent s’abonner à leurs services afin que les déchets soient régulièrement évacués.
Les ménages doivent également veiller à éliminer les eaux stagnantes et à maintenir leur environnement propre. Les concessions doivent être nettoyées régulièrement. Enfin, les enfants et les femmes enceintes doivent dormir sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide.
Qu’attendez-vous de l’État ?
L’État doit procéder au curage régulier des caniveaux, renforcer les campagnes de sensibilisation et, si nécessaire, mener des opérations de lutte antivectorielle afin de réduire la prolifération des moustiques.
Les enfants de moins de cinq ans et les personnes âgées sont-ils plus exposés aux maladies hydriques ? Si oui, quelles précautions particulières doivent être prises pour ces groupes vulnérables ?
Oui. Les jeunes enfants et les personnes âgées ont un système immunitaire plus fragile. Ils sont donc davantage exposés aux infections.
Les familles doivent veiller à ce que les enfants dorment sous des moustiquaires imprégnées, bénéficient d’une alimentation équilibrée et évitent de se baigner sous la pluie ou dans des eaux potentiellement contaminées. Elles doivent également empêcher la stagnation des eaux usées et des déchets autour des habitations.
Les personnes âgées doivent bénéficier des mêmes mesures de protection : une alimentation adaptée, un environnement sain et un suivi sanitaire approprié. Ce sont les meilleures dispositions pour protéger ces catégories particulièrement vulnérables.
Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités et à la population guinéenne afin de réduire les risques d’épidémies durant cette saison des pluies ?
J’encourage d’abord les autorités à poursuivre et à renforcer les campagnes de sensibilisation, comme vous le faites à travers les médias. Ces messages doivent être diffusés dans toutes les langues nationales, notamment grâce aux radios communautaires. Une population bien informée est une population mieux protégée. Le manque d’information favorise la désinformation et expose davantage les citoyens aux risques.
J’invite également les autorités à moderniser les infrastructures d’assainissement, à curer régulièrement les caniveaux, à empêcher l’accumulation des déchets ménagers et à assurer leur évacuation vers des sites appropriés. Ces mesures permettront d’améliorer durablement les conditions de vie de la population.
Entretien réalisé par Bhoye Barry pour Guinee7.com
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Last modified: 6 juillet 2026




