
Une mère compte ses enfants sur les doigts. Cinq, ensevelis sous les déchets. Elle s’interrompt au milieu de son récit pour courir derrière une ambulance. Elle n’a pas fini de raconter que sa pauvreté ne lui laissait pas d’autre endroit où loger ses enfants. Un jeune homme, lui, cherche sept membres de sa famille sous les décombres. Un père ne demande plus qu’une chose : retrouver ses enfants, ‘‘dans n’importe quel état’’. Une femme sanglote qu’elle a perdu tous ses voisins.
Ces images, tournées à la décharge de Dar-es-Salam, en plein cœur de Conakry, disent à elles seules ce qu’aucun bilan officiel ne pourra jamais traduire.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’éboulement est une catastrophe. Sa gestion l’est tout autant.
Les autorités, elles, se sont déplacées. Bah Oury en premier. Djénabou Touré, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, a présenté les condoléances du gouvernement – en rappelant que celui-ci ‘‘sensibilise depuis des années pour que les gens quittent cet endroit’’. Elle promet qu’il ‘‘faut agir autrement avec cette population’’ et que ‘‘des dispositions seront prises’’.
Le lieutenant-colonel Mamadou Baïlo Baldé, coordonnateur des travaux de la décharge, confirme : ‘‘On a prévenu, ce n’est pas facile avec nos populations. Dimanche passé, on a dit que dans une semaine on doit clôturer la décharge. On a fait le maximum de nous-mêmes. On a sensibilisé, c’est incompréhensible ce qui est arrivé.’’
Sensibiliser. Le mot revient, comme un refrain officiel qu’on ressort à chaque drame évitable. Mais sensibiliser, est-ce agir ? Peut-on se contenter d’avertir une population qui n’a nulle part où aller, sans lui offrir d’alternative ? La ministre elle-même l’a reconnu à demi-mot : la pauvreté retient les familles sur ce site à haut risque. Ce n’est donc pas seulement un problème de sensibilisation. C’est un problème de logement, de politique sociale, d’anticipation.
Et l’anticipation, justement, aurait dû exister. En août 2019, la même décharge s’était déjà effondrée, faisant neuf morts. Cinq ans, presque jour pour jour, séparent les deux drames. Cinq ans pendant lesquels le danger était documenté, connu, cartographié. Cinq ans pour clôturer un site que l’on annonçait vouloir fermer ‘‘dans une semaine’’, la semaine dernière encore.
Le bilan officiel s’élève à 31 morts (au moment de publier l’article). Les riverains, eux, l’estiment bien plus lourd. Et à l’heure où nous publions cet article, aucune cellule d’urgence médico-psychologique n’a été officiellement mise en place pour accompagner des familles qui porteront ce traumatisme toute leur vie.
Alors la question se pose, simple et dérangeante : ces explications suffisent-elles à disculper les autorités ? Sensibiliser sans reloger, avertir sans agir, c’est se donner bonne conscience à moindre coût. Dar-es-Salam n’est pas une fatalité. C’est un danger annoncé.
Dar-es-Salam, ma douleur.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
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Last modified: 23 août 2026




