
Une trentaine de morts. Un communiqué. Des condoléances. Et puis rien.
C’est le scénario habituel après un drame en Guinée – on compte les corps, on présente ses regrets, et on referme le dossier avant même de l’avoir ouvert. Hier, l’éboulement de la décharge de Dar-Es-Salam a emporté une trentaine de vies. Le gouvernement a promis assistance aux blessés et aux familles endeuillées. Ce qu’il n’a pas promis, c’est une enquête. Comme si les causes d’un tel effondrement se devinaient toutes seules – ou pire, comme si elles n’intéressaient personne en haut lieu.
Pourtant, les témoignages recueillis sur place ne laissent guère de place au doute. Une machine, en pleine nuit, repoussait les ordures vers le haut du monticule. Les riverains criaient. Le conducteur, dit-on, a continué – jusqu’à ce que la masse cède et qu’il prenne la fuite. Voilà, en substance, ce qu’une enquête sérieuse devrait établir noir sur blanc. Faute de quoi, on se contentera – comme toujours – de suppositions et de rumeurs de quartier.
Ce qui frappe surtout, c’est le caractère annoncé de la catastrophe. Il y a un an, jour pour jour ou presque, guinee7.com titrait déjà : ‘‘Dar-Es-Salam, la bombe à retardement’’. Le Premier ministre Bah Oury s’était rendu sur les lieux, avait rappelé la volonté présidentielle – vieille de deux ans – de fermer la décharge. Il avait promis des rapports ‘‘d’ici lundi’’. Lequel lundi, on se le demande encore.
Entretemps, les jeunes de Dar-Es-Salam, eux, n’ont pas attendu. Pancartes en main, ils ont manifesté dans le calme, réclamant non pas de l’argent mais de l’air pur. Leur porte-parole, Mouctar Bah, avait été clair : la jeunesse ne veut pas défier l’État, elle veut l’accompagner. Elle demandait la fermeture progressive du site, un système moderne de traitement des déchets, une mobilisation nationale. Autrement dit – tout ce que les études d’Artelia et consorts étaient censées préparer.
Un an de réunions, d’études, de promesses. Et au bout du compte : des glissements de terrain qu’on savait inévitables, dans un quartier qui vivait, selon ses propres mots, ‘‘sous la menace permanente’’.
Alors non, ce n’est pas la fatalité qui a tué à Dar-Es-Salam hier. C’est l’inaction, savamment habillée en gestion de crise. Une enquête ne ramènera pas les morts. Mais elle dira, au moins, qui savait quoi – et depuis quand. À moins que, comme d’habitude, on préfère attendre la prochaine saison des pluies pour recompter les corps.
Par Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
Last modified: 25 août 2026




