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Mairie de Ratoma–EDG : factures, compteur prépayé et violences, les deux versions d’un conflit 

1 septembre 2026

Conakry – Le différend entre la mairie de Ratoma et l’Électricité de Guinée (EDG) ne se limite plus à une question de factures impayées ou d’installation de compteur prépayé. La fermeture de l’agence EDG de Taouyah par les forces de sécurité, les accusations de violences contre des travailleurs et les versions contradictoires des deux parties ont transformé le désaccord en un véritable bras de fer.

D’un côté, des responsables et travailleurs de l’EDG dénoncent une intervention brutale ayant fait plusieurs blessés et annoncent une plainte contre la mairie. De l’autre, le maire Kabinè Diawara assume avoir ordonné la fermeture de l’agence, tout en rejetant catégoriquement les accusations de violences et en contestant le montant de la dette avancé par le syndicat.

Les faits ont été rapportés notamment par MosaïqueGuinée.com et Mediaguinée.com, qui ont recueilli les différentes versions de cette affaire.

Un désaccord autour du compteur prépayé

Selon les éléments rapportés par MosaïqueGuinée.com, le différend trouve notamment son origine dans la volonté de l’EDG d’imposer l’installation de compteurs prépayés dans les locaux de la mairie.

Après plusieurs démarches restées infructueuses, la société aurait décidé de suspendre la fourniture d’électricité aux installations communales, reprochant à la mairie de ne pas se conformer à la campagne nationale de déploiement des compteurs prépayés.

Le maire Kabinè Diawara donne toutefois une autre lecture de la situation. Dans une interview accordée à Mediaguinée.com ce mardi 1er septembre 2026, il affirme que le compteur avait déjà été installé, mais qu’il n’était pas opérationnel : « ce n’est pas vrai non plus. Le compteur a été mis depuis quelques mois, mais il n’était pas opérationnel. Ils sont venus me voir pour qu’on puisse mettre le compteur opérationnel. La mairie est un démembrement du gouvernorat, donc il fallait que je me réfère. J’ai appelé au gouvernorat, et j’ai été instruit de continuer avec le forfait pour le moment, jusqu’à ce qu’ils trouvent un consensus avec le ministère de tutelle. »

Le maire affirme que la coupure du courant est ensuite intervenue alors que la commune cherchait à obtenir des explications auprès des responsables de l’EDG : « depuis mardi dernier, EDG est venue couper nos services. Et pendant ces jours, on a tout fait pour rentrer en contact avec l’EDG via leur directeur technique ou chef technique de service, Monsieur Idrissa Camara. Donc, j’ai mon assistant qui est avec moi, Souleymane, que j’ai instruit d’aller pour les négociations. »

600 millions ou 11 millions de francs guinéens ?

La question de la dette constitue l’un des principaux points de divergence entre les deux parties.

Le secrétaire général du collège syndical d’EDG, Ahmed Cissoko, cité par MosaïqueGuinée.com, affirme que la mairie doit plus de 600 millions de francs guinéens à la société et réclame le règlement de cette dette avant tout rétablissement durable de l’alimentation électrique : « la première décision est de déconnecter la mairie. Il faut qu’elle paye ses factures. La commune doit plus de 600 millions de francs guinéens à EDG, elle doit s’en acquitter et nous devons installer un compteur prépayé. La pose de ces compteurs est désormais généralisée, c’est une décision gouvernementale appliquée partout. La mairie de Ratoma ne peut pas s’y opposer. »

Kabinè Diawara rejette catégoriquement ce montant.

« Ils ont parlé d’une facture de 600 millions GNF. La facture fraîche, c’est 11 millions GNF. On a payé 5 millions. On a payé 5 millions de GNF. Donc, les arriérés qui étaient là avant notre arrivée, c’était 359 millions GNF, mais ça, ce n’est pas au compte de la commune. Il y a la Maison des jeunes, il y a la gendarmerie, il y a la police, ainsi de suite. C’est ce qui fait ça. Mais 600 millions, d’où ? » A-t-il déclaré.

Le maire accuse même certains responsables de l’EDG de présenter, selon lui, une situation financière qui ne correspond pas à la réalité de la commune : « quand des responsables qui gèrent une entreprise sortent pour mélanger, pour manipuler et pour dire des contre-vérités, ça, c’est la honte. Moi, je suis désolé pour eux, parce que je ne sortirai jamais me mettre devant un public et mentir. Je ne le ferai jamais. »

La convocation d’Idrissa Camara et la fermeture de l’agence

Selon le récit de Kabinè Diawara, trois jours de discussions sans résultat ont finalement conduit à une escalade : « trois jours sans service à la mairie, c’est aberrant. Trois jours sans service, c’est frustrant. Et je suis le premier magistrat de cette juridiction et la première autorité. J’ai vu une sorte d’offense à mon égard et une certaine injustice. Il fallait que je prenne mes responsabilités. »

Le maire affirme avoir reçu le directeur technique d’EDG, Idrissa Camara, dans son bureau. Selon lui, ce dernier aurait promis un rétablissement du courant avant de revenir sur cette promesse : « il était venu à mon bureau à 17h. J’étais avec mon DMR et puis un de mes assistants, et il a promis fermement qu’il allait rétablir le courant le jeudi. Il était 17h. Les portes étaient closes, il rentre, et je me rends compte à 20h30 que le courant n’est pas rétabli. »

Le lendemain, une convocation aurait été adressée au responsable technique : « donc, le lendemain, j’ai instruit mon commandant, le colonel Bentè, de faire une réquisition, une convocation, pour que Monsieur Camara Idrissa vienne s’expliquer. Ils sont allés le servir. Il a pris la convocation, il a refusé de venir en disant qu’il va faire remonter ça encore à ses supérieurs parce que c’est eux qui l’ont mandaté. »

Le maire dit alors avoir considéré la situation comme un acte de sabotage : « c’est à partir de là maintenant que j’ai senti qu’il y avait un acte de sabotage. Un acte de manipulation, mais venant d’où ? Dieu seul le sait. »

Il reconnaît ensuite avoir donné l’ordre de fermer l’agence EDG de Taouyah : « et aussitôt, j’ai ordonné à la gendarmerie d’aller fermer l’agence de l’EDG, de mettre tout le monde dehors, d’y mettre des cadenas et de m’envoyer les clés. Et c’est ce qui fut fait. »

Le témoignage de Hadja Mbalou Magassouba

C’est lors de cette intervention que les accusations de violences apparaissent au cœur du dossier.

Selon MosaïqueGuinée.com, plusieurs agents de l’EDG auraient été agressés au cours de l’opération. Parmi les personnes concernées figure Hadja Mbalou Magassouba, déléguée régionale de l’EDG, qui affirme avoir été blessée alors qu’elle tentait de protéger une collègue enceinte.

Son témoignage est particulièrement précis sur les circonstances de l’incident. « Quand j’ai vu une de nos agents en état de famille être frappée, je me suis interposée et je l’ai couverte de mon corps pour la protéger. C’est ainsi qu’ils se sont acharnés sur moi. Je ne me suis réveillée qu’à l’hôpital. On nous a agressés sous les yeux des voisins du quartier, pour un simple acte de recouvrement dans l’exercice de nos fonctions », a-t-elle fustigé.

MosaïqueGuinée.com rapporte qu’au moins trois agents auraient été gravement touchés et hospitalisés. Le média fait également état de téléphones confisqués au cours de l’intervention. L’un d’eux aurait été restitué à son propriétaire à condition que les vidéos enregistrées pendant l’agression soient supprimées, tandis que d’autres appareils seraient restés entre les mains des forces de l’ordre.

Après l’incident, la direction générale et le collège syndical de l’EDG se sont rendus auprès des travailleurs concernés.

Hadja Mbalou Magassouba a alors appelé à mettre fin à ce qu’elle considère comme des violences contre les agents du service public : « nous nous en remettons à la sagesse de notre Direction générale et de notre syndicat, mais nous tenons à ce qu’il soit mis fin définitivement à ces bavures contre les agents du service public ».

Le syndicat annonce une plainte

Face à la situation, le collège syndical d’EDG affirme ne pas vouloir en rester là : « le vendredi passé, nous avons été victimes d’une agression de la part de la mairie. Ils sont venus fermer les locaux, bastonner les travailleurs, dont certains sont aujourd’hui hospitalisés. Nous sommes venus encourager nos agents. Pour la suite à donner à ce dossier, nous allons agir de concert avec la Direction générale ».

Le syndicat annonce également une mesure de rétorsion contre la mairie : « la première décision est de déconnecter la mairie. Il faut qu’elle paye ses factures. »

Il annonce par ailleurs une action en justice : « nous allons porter plainte contre la mairie et suspendre son alimentation électrique tant que nos factures ne seront pas réglées ».

Le responsable syndical encourage toutefois les travailleurs à poursuivre leur mission : « c’est un travail pour la nation qu’ils accomplissent. Si d’aucuns ne le reconnaissent pas, nous, nous le valorisons. L’État sait que nous fournissons un travail de qualité. Sur ce, je les félicite et les encourage vivement ».

Le maire conteste les violences

Interrogé par Mediaguinée.com, Kabinè Diawara rejette fermement les accusations portées contre lui et les forces de sécurité intervenues à l’agence : « J’ai instruit la gendarmerie de partir, mais je ne leur ai pas dit de saccager. Et si un bureau a été saccagé, ce n’est pas vrai, c’est faux. Si une femme a été bastonnée, ce n’est pas vrai, c’est faux. »

Le maire conteste également le fait que l’une des agentes agressées était enceinte : « si une femme se réclame enceinte, c’est faux. Parce que la femme dont ils font allusion, c’était une perturbatrice. Quand les policiers sont venus, elle est venue se jeter sur eux. On voulait la faire asseoir, elle s’est jetée et a blessé un des policiers au menton. »

Selon sa version, la femme aurait ensuite été conduite dans une clinique située à proximité : « donc, en partant, elle a vu la police venir, elle s’est fait tomber. Et il y avait le président du conseil du quartier qui était là, qui m’a appelé. Il y a une clinique juste en face. Je ne connais même pas la clinique, la clinique Dozo. Ils m’ont dit : “On va l’amener.” J’ai dit : “Amenez-la, faites-la examiner et restez à côté.” »

Kabinè Diawara affirme que le médecin aurait conclu que la femme n’était pas enceinte : « le docteur qui est là-bas, un docteur Diawara, a affirmé qu’elle n’était pas enceinte. C’est faux. »

Le maire affirme également avoir demandé que cette agente soit interpellée après l’incident.

Une sortie de crise temporaire ?

Après la fermeture de l’agence, la direction générale de l’EDG se serait rendue à la mairie pour tenter de trouver une issue au conflit.

Selon Kabinè Diawara, plusieurs responsables de l’entreprise ont participé à la rencontre : « donc, une heure après, toute une partie de la direction générale de l’EDG était venue me voir à mon bureau. Il y avait le DGA, le conseiller juridique, le responsable commercial, ainsi de suite, qui sont venus. Et ça, c’était le vendredi, juste après une heure. Donc, on s’est expliqué. Tout est redevenu normal, ils se sont excusés. »

Le maire affirme avoir ensuite ordonné la réouverture de l’agence et accepté de ne pas faire arrêter Idrissa Camara : « ils m’ont demandé de libérer leur agence et j’ai donné l’ordre aussitôt. J’ai appelé le colonel pour lui dire d’aller enlever les cadenas. »

Selon lui, un délai d’un mois a ensuite été accordé pour régler la question du compteur : « ils m’ont donné un mois. Un mois ! Tous ceux qui sont venus ont signé. Je documente tout, hein ! Ils ont signé ici, ils ont leurs noms. Ils ont donné un mois afin qu’on régularise cette affaire de compteur. Et quand ils vont revenir maintenant, soit on met le compteur, soit on a reçu d’autres instructions venant de notre tutelle pour voir ce qui doit être fait ».

Deux versions, un même conflit

À travers les déclarations recueillies par MosaïqueGuinée.com et Mediaguinée.com, deux récits très différents se confrontent donc.

Le différend laisse ainsi plusieurs questions en suspens : quel est exactement le montant dû par la mairie à l’EDG ? Quelle est la part des dettes attribuable directement à la commune ? Pourquoi le compteur prépayé n’a-t-il pas été mis en service ? Et surtout, que s’est-il réellement passé lors de l’intervention à l’agence de Taouyah ?

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com 

Last modified: 1 septembre 2026

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