
Le « passeport bleu de l’ONU » existe réellement. Son nom officiel est le laissez-passer des Nations Unies. Créé dans les premières années de l’Organisation, ce document permet à certaines personnes travaillant pour l’ONU de voyager plus facilement lorsqu’elles accomplissent des missions officielles. La Convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations Unies prévoit que l’Organisation peut délivrer ces laissez-passer à ses fonctionnaires et que les États membres doivent les reconnaître comme des documents de voyage.
La couleur bleue vient de son apparence historique. Dès 1947, des documents officiels américains décrivaient déjà un laissez-passer relié en cuir bleu et portant l’emblème des Nations Unies. Il était notamment destiné aux fonctionnaires du Secrétariat et à certaines personnes exerçant des fonctions officielles pour l’Organisation.
Le laissez-passer n’est pas un passeport national. Il ne donne aucune nationalité à son titulaire et ne remplace pas nécessairement son passeport national. Un fonctionnaire de l’ONU reste citoyen de son pays, avec les droits et obligations qui découlent de cette nationalité.
Le document a surtout été créé pour faciliter les déplacements professionnels des fonctionnaires internationaux. Cette question était importante à une époque où un fonctionnaire pouvait rencontrer des difficultés pour obtenir ou renouveler un passeport de son propre pays. Les archives montrent que le système du laissez-passer devait notamment permettre aux fonctionnaires internationaux de voyager pour le compte de l’Organisation sans dépendre entièrement de leur gouvernement national.
Le laissez-passer permet de voyager, mais il ne donne pas automatiquement le droit d’entrer dans tous les pays sans visa. La Convention de 1946 prévoit que les États doivent reconnaître le document et faciliter les déplacements officiels de ses titulaires. Elle prévoit également un traitement particulier pour les demandes de visa présentées par les personnes qui voyagent pour les affaires des Nations Unies.
Le système de l’ONU comprend aussi un laissez-passer rouge, destiné à certaines catégories de hauts responsables. La couleur correspond donc à différentes catégories de fonctions au sein du système international. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à déterminer l’ensemble des privilèges ou immunités dont bénéficie une personne.
La question des responsables politiques est plus délicate. Un président, un ministre, un député ou un ancien chef d’État ne reçoit pas normalement le laissez-passer de l’ONU simplement parce qu’il exerce ou a exercé une fonction politique. Lorsqu’un dirigeant se rend aux Nations Unies pour représenter son pays, il voyage avec les documents délivrés par son propre État et dispose des documents d’accréditation nécessaires auprès de l’Organisation.
Une personnalité politique peut néanmoins devenir titulaire d’un document de l’ONU si elle est ensuite appelée à exercer une fonction officielle pour l’Organisation. Un ancien responsable politique nommé représentant spécial, envoyé spécial ou représentant du Secrétaire général peut ainsi entrer dans une catégorie lui permettant de recevoir un document de voyage de l’ONU. Dans ce cas, c’est la fonction exercée pour l’Organisation qui constitue le fondement de la délivrance du document.
Reste le cas particulier des dirigeants politiques qui ne travaillent pas pour l’ONU mais qui sont persécutés ou menacés dans leur pays. Les règles qui encadrent le laissez-passer ne prévoient pas sa délivrance simplement pour protéger une personnalité politique contre son gouvernement. Les documents historiques consultés ne permettent pas non plus d’établir un précédent fiable dans lequel l’ONU aurait remis son laissez-passer à un dirigeant extérieur à l’Organisation uniquement pour lui permettre d’échapper à des persécutions politiques.
L’ONU dispose par ailleurs d’autres documents. Certaines personnes qui voyagent pour ses affaires peuvent recevoir un certificat attestant leur mission sans être titulaires d’un laissez-passer. Ce certificat peut leur permettre de bénéficier de certaines facilités de voyage prévues par les règles internationales.
Il faut également distinguer ces documents du badge délivré aux personnes autorisées à accéder aux locaux de l’ONU. Le badge sert à l’identification et à l’accès aux bâtiments ; il ne constitue pas un document de voyage.
L’expression « passeport bleu » est donc surtout un terme courant. Dans les textes officiels, il s’agit d’un laissez-passer, un document de voyage international destiné à certaines personnes en raison de leurs fonctions auprès des Nations Unies ou, dans certains cas, du système des organisations internationales qui lui est associé.
Au moment de la création du document, le terme « passeport » avait d’ailleurs été utilisé dans certains projets avant que le texte définitif de la Convention ne retienne l’expression « laissez-passer ».
Par Aboubacar SAKHO
Expert en Communication
L’article Passeport bleu de l’ONU : qui peut l’obtenir et à quoi sert-il ? [Par Aboubacar Sakho] est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
Last modified: 22 septembre 2026




