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Dr Fatou Sanogo : « les droits des femmes ne doivent pas seulement exister dans les lois, ils doivent aussi être connus et respectés dans nos communautés »

23 septembre 2026

À travers « Les violences d’une vie de femme », un spectacle prévu le 26 septembre à Kuma So, à Bamako, Dr Fatou Sanogo, médecin de santé publique, artiste slameuse et cofondatrice d’ORATIO, veut raconter autrement les blessures visibles et invisibles vécues par de nombreuses femmes.

Dans cet entretien accordé à notre rédaction, elle revient sur cette création artistique qui mêle slam, théâtre, chant et danse, son engagement en faveur des droits des femmes et son ambition de faire voyager ce message dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

Mediaguinee : Le 26 septembre à Kuma So, vous présentez « Les violences d’une vie de femme ». Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer de quelles violences parle ce spectacle ?

Dr Fatou Sanogo : Dr Fatou SANOGO, médecin de santé publique et artiste slameuse. Je suis également Co-fondatrice et directrice d’ORATIO, une structure à travers laquelle nous développons des initiatives qui placent l’humain au cœur de la santé et de la transformation sociale. Les violences d’une vie de femme » est une création artistique qui raconte l’histoire de Hawa, une femme de 60 ans qui, après le décès de son mari, revient sur les différentes étapes de sa vie. À travers son histoire, nous abordons l’excision, le mariage précoce, les violences conjugales, la polygamie et la privation de certains droits. Mais nous parlons aussi de ces violences qui ne se voient pas toujours : les rêves abandonnés, les choix imposés et les souffrances que certaines femmes portent en silence pendant des années.

Mediaguinee : Pourquoi avoir choisi d’associer le slam, le théâtre, le chant et la danse pour porter ce message ?

Dr Fatou Sanogo : Au-delà d’être médecin, je suis aussi une femme profondément attachée à l’art et à la force de la parole. Dans notre travail de sensibilisation, nous utilisons souvent des chiffres, des données et des messages de prévention. Ils sont essentiels, mais ils ne suffisent pas toujours à toucher les personnes. L’art nous permet d’aborder ces mêmes réalités autrement, avec plus de proximité et d’émotion. Le slam donne une voix à Hawa, le théâtre nous permet de vivre son histoire, tandis que le chant et l’expression corporelle accompagnent les émotions qu’elle traverse. Nous avons voulu créer un spectacle qui invite le public à ressentir, à comprendre et à réfléchir, sans jugement.

Mediaguinee : Ce spectacle est-il inspiré de faits réels, de témoignages de femmes africaines ?

Dr Fatou Sanogo :  Hawa est un personnage de fiction, mais les réalités qu’elle traverse sont bien réelles. Son histoire fait écho à celle de nombreuses femmes africaines qui, à différentes étapes de leur vie, ont été confrontées à des violences ou à des situations dans lesquelles elles n’ont pas toujours eu la possibilité de faire leurs propres choix. Nous avons choisi de raconter une seule vie pour mettre en lumière ces différentes réalités.

Mediaguinee : En 2003, les États africains ont adopté le Protocole de Maputo pour renforcer la protection des droits des femmes. Plus de vingt ans après, comment votre spectacle peut-il contribuer à faire de ces engagements une réalité dans nos communautés ?

Dr Fatou Sanogo : Le Protocole de Maputo représente une avancée importante dans la reconnaissance et la protection des droits des femmes africaines. Plusieurs États, dont la Guinée et le Mali, l’ont ratifié. Mais au-delà de la ratification, il y a la domestication, c’est-à-dire l’intégration de ces engagements dans nos législations nationales, et surtout leur mise en œuvre effective. Certaines dispositions sont déjà présentes dans nos législations, mais leur application reste parfois difficile. Les droits des femmes ne doivent pas seulement exister dans les lois, ils doivent aussi être connus et respectés dans nos communautés. Je suis convaincue que les lois doivent s’accompagner d’un travail de sensibilisation et de dialogue. C’est tout le sens de notre création. À travers l’histoire de Hawa, nous souhaitons ouvrir le dialogue, faire connaître les droits des femmes et inviter chacun à contribuer à leur protection.

Mediaguinee : Après cette représentation au Mali, vous souhaitez porter ce spectacle dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Quelles sont vos ambitions et quel appel souhaitez-vous lancer ?

Dr Fatou Sanogo : Les violences d’une vie de femme » est une création portée par ORATIO et Art Academy du Mali. Notre ambition est de poursuivre cette aventure artistique et humaine en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Sénégal… La Guinée occupe une place toute particulière dans mon cœur, puisque c’est mon pays d’origine. J’aimerais profondément que nous puissions y présenter ce spectacle et partager cette histoire avec nos communautés. Aujourd’hui, nous souhaitons lancer un appel aux institutions publiques, aux partenaires techniques et financiers, aux entreprises et aux organisations engagées dans la promotion des droits des femmes. Nous avons une équipe artistique mobilisée, une création à partager et un message qui mérite d’être entendu au-delà des frontières. Nous avons besoin de partenaires pour rendre cette tournée possible, mais aussi pour accompagner les échanges et les actions de sensibilisation qui pourront prolonger chaque représentation.

Mediaguinee : Un dernier mot à vos invités ?

Dr Fatou Sanogo :  Je voudrais tout simplement vous inviter à venir découvrir « Les violences d’une vie de femme », le 26 septembre à Kuma So, à Bamako.Venez écouter l’histoire de Hawa, une histoire qui pourrait faire écho à celle de votre mère, de votre sœur, de votre épouse ou de votre fille.

Christine Finda Kamano 

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Last modified: 23 septembre 2026

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