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68 ans de l’indépendance de la Guinée : Ismaël Condé défend l’héritage du 28 septembre 1958 et appelle la jeunesse à renouer avec les valeurs de dignité

29 septembre 2026

À l’occasion de la Semaine de l’indépendance, organisée dans le cadre de la célébration du 68e anniversaire de l’accession de la République de Guinée à l’indépendance, le doyen Ismaël Condé, historien, sékoutouréiste convaincu et ancien cadre de la Première République, a animé une conférence de presse à la Maison de la presse de Guinée autour du thème : « À quoi, précisément, le peuple de Guinée a-t-il dit NON le 28 septembre 1958 ? ».

« Depuis le 3 avril 1984, le passé de la Guinée est travesti »

Dès l’entame de son intervention, cet ancien militant du PDG-RDA a estimé que tous les peuples s’appuient sur leur passé pour construire leur présent et préparer leur avenir. Il s’est ensuite interrogé sur les raisons qui font de cette réflexion une vérité fondamentale, voire un véritable slogan.

« C’est parce qu’à mon avis, depuis le 3 avril 1984, le passé de la Guinée est travesti, le passé de la Guinée est déformé, le passé de la Guinée est noirci, le passé de la Guinée est sali et cette déformation de notre histoire n’est pas innocente. Je le dis bien, de grands penseurs ont dit que le passé est le fondement même du présent et, quelque part, de l’avenir », a-t-il déclaré.

Selon cet ancien professeur de sociologie à l’École polytechnique de Conakry, devenue aujourd’hui l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, « à partir du 3 avril, on s’est mis à dire que le NON de la Guinée, lors du référendum du 28 septembre 1958, a été une mauvaise chose. Il y a des autorités même qui ont soutenu l’idée que le NON là a été une utopie. Et on a prétendu que les pays qui ont dit OUI sont en avance sur la Guinée. Grossier mensonge qui ne peut être développé que par la haine, surtout quand la haine est soutenue par une valeur aussi négative que l’ethnocentrisme ».

« On a donc sali la date du 28 septembre et, jusqu’à présent, il y a des gens qui s’évertuent à vouloir présenter le 28 septembre dans une signification autre que ce jour où unanimement le peuple de Guinée a rejeté par dignité, par grandeur, la domination dans laquelle on ne peut jamais être digne », a-t-il poursuivi.

« L’homme sans dignité qui vole le peuple »

Revenant sur le thème de la conférence, le doyen Israël Condé s’est interrogé sur la véritable signification du « NON » du 28 septembre 1958.

« Vous devez savoir, pour être fier de vous-même, pour avoir l’esprit de la grandeur, c’est parce que même les Guinéens ne se considèrent pas comme restants devoirs à un passé glorieux, ils se comportent en hommes vulgaires. Pour moi, c’est l’homme vulgaire qui vole. Pour moi, c’est l’homme sans dignité qui vole, surtout qui vole le peuple. C’est l’homme sans dignité qui tend la main pour la corruption. C’est l’homme sans dignité qui est fasciné par l’argent », a-t-il déclaré.

Appel à la jeunesse : « Cultiver le sens de l’honneur »

Poursuivant son intervention, l’ancien directeur du Commerce intérieur a souligné que ceux qui se sont battus pour la libération et l’indépendance de la Guinée n’étaient pas motivés par l’argent. Selon lui, ils ont fait preuve d’abnégation, de désintéressement et de courage.

« Et effectivement, quand on est patriote, on est courageux, quand on est patriote, on est désintéressé, quand on est patriote, on est guidé exclusivement par la dignité et l’esprit de la responsabilité. Donc, à partir du 3 avril, on a tenté de vider les Guinéens de toute idée de responsabilité, de toute idée de dignité, de toute idée de grandeur, en disant que c’est l’argent qu’il faut rechercher.

Et malheureusement, au niveau de notre jeunesse, on peut observer que beaucoup de jeunes pensent que le monde, c’est l’argent, il faut chercher l’argent par tous les moyens, en se niant toute dignité, en se niant tout sens de l’honneur. C’est pourquoi, plus que jamais, il faut cultiver le sens de l’honneur en vous, le sens de la dignité en la jeunesse guinéenne, le sens de l’intégrité en la jeunesse guinéenne. C’est seulement à ce prix que notre avenir sera meilleur, que notre présent sera un bon présent », a-t-il ajouté.

« Ceux qui détournent des milliards sont des criminels »

À en croire cet ancien pensionnaire du Camp Boiro, « si tout le monde se met à voler tout le monde, eh bien où on va ? Ils sont des criminels, ceux qui détournent des milliards, ceux qui détournent des millions, même ceux qui détournent un franc au peuple. On ne doit pas construire son bonheur sur la misère de tout le monde, et c’est ce crime que commettent tous ceux qui volent ».

« Donc il faut que vous vous considériez comme grand, il faut que vous vous considériez comme responsable, comme honorable, comme l’ont fait les Almamy Boubacar Biro Barry, Samory Touré, Alfa Yahya Diallo, Kissi Kaba Keïta, Zébéla Togba Pivi, et qui d’autres encore. Il faut que vous croyiez devoir à un grand passé, un passé d’honneur et de dignité », a-t-il lancé.

Hommage aux figures de l’histoire nationale

Poursuivant son plaidoyer, il a rendu hommage à plusieurs grandes figures de l’histoire nationale.

« Comme on était dignes, comme on était responsables des Guinéens, comme Saïfoulaye Diallo, Lansana Béavogui, Hadja Mafory Bangoura, paix à leurs âmes, et tant d’autres encore. Si vous ne croyez pas à la patrie, si vous croyez à l’argent, vous croirez à tous les chemins qui mènent à la perdition. Il faut vous extraire de ce chemin », a-t-il expliqué.

Et de poursuivre : « Je suis sûr que c’est par rapport à cet objectif que les autorités ont dit qu’il faut organiser la Semaine de l’indépendance et mettre cette semaine sous le slogan : “S’inspirer du passé pour bâtir ensemble l’avenir”. »

« C’est la France colonialiste qui a organisé le référendum »

Plus loin, le doyen Israël Condé est revenu sur la question centrale de sa conférence en se demandant à quoi les Guinéens ont-ils réellement dit « NON » le 28 septembre 1958.

« Premièrement, arrachez-vous à la déformation qui voudrait que c’est Sékou Touré et Saïfoulaye Diallo qui ont organisé le référendum du 28 septembre parce que cette déformation existe. C’est la France colonialiste qui a organisé le référendum du 28 septembre 1958 par l’intermédiaire de son représentant de l’époque, le général de Gaulle. […] Il faut que vous ayez une idée de cette Constitution pour savoir à quoi exactement nous avons dit NON et à quoi ceux qui ont voté le OUI ont voté OUI. »

Selon lui, « le 28 septembre 1958, décidé par le général de Gaulle, parce que la France était sous son autorité, devait résoudre un problème très important aux yeux de la France, c’est le problème de sa domination des colonies ».

« Déjà au XIXe siècle, des penseurs français, des économistes et des philosophes avaient constaté, citation : “sans cette domination coloniale, la France ne peut être ni une puissance économique ni une puissance militaire”. Ce qui veut dire que la force de la France reposait sur ses colonies fondamentalement », a-t-il poursuivi.

Ismaël Condé critique le maintien de l’influence française en Afrique

Par ailleurs, le doyen Israël Condé s’est interrogé sur les motivations qui, selon lui, expliquent le maintien de l’influence française en Afrique à travers le néocolonialisme.

« C’est compte tenu de la richesse matérielle que les colonies, ou bien les anciennes colonies, apportent à la France. Prenons le seul exemple du franc CFA, dans son émission et dans sa circulation. Ce sont des milliards que la France se paie sur le dos, à franc CFA, sur les pays qui ont comme monnaie le franc CFA. Donc, la France, en 1958, était sous la domination du général de Gaulle », a-t-il conclu.

Mamadou Yaya Barry

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Last modified: 29 septembre 2026

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