
Guinée- Après trois éditions de la Caravane Santé 3e âge, la Fondation Orange Guinée élargit son dispositif à plusieurs enjeux de santé publique, avec un programme prévu sur trois ans et couvrant progressivement les huit régions du pays.

La Fondation Orange Guinée a lancé, ce mercredi 7 octobre 2026 à Conakry, le Programme Santé 3.0. Cette nouvelle initiative s’inscrit dans la continuité de la Caravane Santé 3e âge, organisée en 2022, 2023 et 2025 autour notamment du dépistage et de la prise en charge du diabète et de l’hypertension artérielle.
Le nouveau programme entend aller au-delà des actions ponctuelles de la caravane. Il prévoit notamment la formation des agents de santé et relais communautaires, le déploiement d’une caravane mobile et des activités de sensibilisation dans la durée.
Plusieurs problématiques seront prises en compte, notamment les maladies non transmissibles, le paludisme, la santé sexuelle et reproductive, les affections auditives et, à partir de la deuxième année, le dépistage du cancer du col de l’utérus.

Présentant l’initiative, le président du conseil d’administration de la Fondation Orange Guinée, Ousmane Baly Traoré, a rappelé les enseignements tirés des précédentes caravanes : « le programme Santé 3.0 s’inscrit dans la continuité de la caravane Santé 3ème âge qui aura permis, durant trois éditions, d’aller à la rencontre des communautés, plus particulièrement le 3e âge, pour faire la sensibilisation, le dépistage, la prise en charge du diabète et de l’hypertension artérielle. »
Selon lui, cette expérience a conduit la Fondation et ses partenaires à revoir le dispositif pour l’inscrire dans une approche plus large : « avec le programme Santé 3.0, la dynamique amorcée évolue vers un programme plus structuré normalement afin d’élargir les prises en charge auprès des populations sur des maladies beaucoup plus épanouies. »
Le programme reposera ainsi sur trois principaux leviers : la formation des agents de santé communautaire, les caravanes mobiles et la sensibilisation continue. Il sera mis en œuvre sur une période de trois ans avec les partenaires mobilisés autour du projet.
Plus de 3 milliards de francs guinéens mobilisés

L’administratrice générale de la Fondation Orange Guinée, Amina Abou-Khalil, a, pour sa part, retracé l’évolution de la Caravane Santé 3e âge, lancée en 2022 avec quatre acteurs, puis poursuivie en 2023 et 2025.
Elle a également indiqué que les résultats présentés lors d’un atelier en mai 2025 avaient notamment fait ressortir le rajeunissement de certaines maladies non transmissibles et un taux de prévalence plus élevé chez les femmes.
Depuis cette rencontre, les partenaires ont travaillé à la définition du nouveau dispositif. Onze acteurs sont aujourd’hui mobilisés autour du Programme Santé 3.0.

Sur le plan financier, la Fondation Orange Guinée annonce une enveloppe de plus de 3 milliards de francs guinéens pour le programme. Amina Abou-Khalil précise que cette somme correspond au « cash-out », sans valoriser les contributions en nature des différents partenaires : « on va engager une enveloppe de plus de 3 milliards de francs guinéens. Et avec un accent qui est mis sur le renforcement des capacités, vous l’avez entendu, Dr Alpha l’a précisé, 49 % du budget est consacré à cette partie-là pour accroître justement la prévention dans les 16 districts, pour former tous les agents et servir plus de 10 000 individus. »
La caravane mobile doit commencer son déploiement en novembre 2026. Elle permettra notamment le dépistage, le diagnostic et la mise à disposition de médicaments pour les personnes diagnostiquées.
Plus de 280 agents à renforcer et 10 000 personnes à dépister

Du côté du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Alpha a présenté les principaux objectifs techniques du programme. Il a notamment rappelé les difficultés liées à la prise en charge des maladies non transmissibles en Guinée.
Selon les données de l’enquête STEP 2009 présentées lors de la cérémonie, 35 % des adultes guinéens souffraient d’hypertension artérielle et environ 7 % étaient concernés par le diabète. Plus des trois quarts des personnes malades ignoraient alors leur situation.
Pour Dr Alpha, ces chiffres illustrent l’importance d’un dépistage plus précoce : « si on n’investit pas dans la prévention, dans le dépistage précoce pour identifier très tôt les malades, nous allons prendre en charge ces malades à un stade très tardif, au moment des complications. »
Le programme entend donc renforcer les capacités du système de santé et rapprocher le dépistage des populations. Il prévoit notamment la formation de plus de 280 agents de santé et relais communautaires au cours de la première année.

Des équipements essentiels, dont des tensiomètres, des glucomètres et des otoscopes portables, seront également mis à disposition dans les centres de santé ciblés.
Le dispositif intégrera le dépistage du diabète, de l’hypertension artérielle et des déficiences auditives. Le dépistage du cancer sera ajouté à partir de la deuxième année.
Au total, plus de 10 000 personnes devraient être dépistées durant la première année. Plus de 1 000 personnes seront accompagnées sur la planification familiale et plus de 30 000 personnes devraient être sensibilisées à travers les médias et les relais communautaires.
Le programme prévoit également de couvrir les huit régions du pays. Pour la première année, quatre régions seront concernées dans la première zone d’intervention, avec deux centres de santé ciblés dans chaque district.
Selon Dr Alpha, à terme, « 456 individus » seront formés et outillés dans le cadre de la recherche active et de la prise en charge des maladies non transmissibles.
Une première caravane mobile prévue en novembre

La caravane mobile constitue le deuxième axe du programme. Elle ira dans les localités identifiées avec les autorités sanitaires locales afin de proposer des services de dépistage, d’évaluation des risques, de conseils en matière d’hygiène de vie, mais aussi de sensibilisation sur la santé sexuelle et reproductive et la planification familiale.
Le dispositif prévoit également la promotion de l’utilisation des moustiquaires et la digitalisation des données.
Dr Alpha précise que le programme veut surtout assurer une continuité après le passage de la caravane : « lorsqu’un patient bénéficie du dépistage communautaire, il va être confirmé au niveau de la structure de soins, il va bénéficier d’une prise en charge structurée selon des protocoles bien définis et le suivi régulier sera fait dans le système. »
La première phase opérationnelle débutera par la formation des professionnels de santé des quatre premières régions ciblées. La première édition de la caravane mobile est annoncée pour novembre 2026.
Pour les initiateurs, l’objectif est ainsi de passer d’une intervention ponctuelle à un dispositif permettant de maintenir les patients dans le système de soins entre deux passages de la caravane.
La société civile appelle à renforcer la décentralisation

Représentant la société civile, Moussa Cissé a salué une initiative qu’il considère comme une réponse au besoin de rapprocher les services de santé des populations : « la santé ne doit pas être loin de sa population. C’est pourquoi nous nous disons simplement que la santé doit aller vers les citoyens à la base. »
Il a également insisté sur la nécessité de poursuivre la décentralisation des soins et d’améliorer l’accès aux médicaments : « la décentralisation de soins doit être une réalité, ça existe mais ça doit être de plus en plus auprès des citoyens à la base. »

Le représentant de l’OMS, Dr Alain Katende, a, lui, mis l’accent sur l’approche intégrée du Programme Santé 3.0. Selon lui, le fait de réunir plusieurs problématiques sanitaires dans un même dispositif permet de répondre aux besoins des populations de manière plus globale : « les populations ne doivent pas vivre leurs besoins de santé en silo. Elles ont besoin de services accessibles, continus et centrés sur leurs besoins associant prévention, dépistage, orientation et prise en charge. »
Le ministère de la Santé en plein cœur du programme

Présent à la cérémonie au nom de la ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, le secrétaire général Mory Keita a insisté sur la nécessité de passer d’une santé essentiellement réactive à une approche davantage préventive : « les maladies non transmissibles ne frappent pas à la porte. Elles entrent sans prévenir. Et lorsqu’elles se révèlent, il est souvent trop tard. Trop tard pour le patient, trop cher pour la famille et trop lourd pour notre système de santé. »
Pour lui, le Programme Santé 3.0 marque une nouvelle manière de travailler entre l’État, les partenaires privés, les organisations internationales et les communautés : « le ministère de la Santé et de l’hygiène publique ne se contente pas d’accompagner ce programme. Il en assume le leadership, il porte l’ambition et en garantira l’ancrage dans notre système de santé. »
Mory Keita a particulièrement insisté sur l’intersectorialité, présentée comme l’un des fondements du programme. Le ministère de la Santé intervient notamment à travers le Programme national de lutte contre les maladies non transmissibles, le Programme national de lutte contre le paludisme et les structures de santé communautaire. Le ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités est, lui, appelé à contribuer à la prise en compte des personnes vulnérables : « plusieurs acteurs, une seule feuille de route, un seul objectif. C’est cela l’intersectorialité. Non pas une juxtaposition de logos, mais une architecture de responsabilités partagées avec des rôles définis, des termes de référence rédigés ensemble de manière transparente et des indicateurs communs. »
Le secrétaire général a également appelé les partenaires à inscrire leur engagement dans la durée, alors que le programme est prévu sur trois ans.
Le ministère de la Femme met l’accent sur les personnes vulnérables

Représentant la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, le secrétaire général Sâa Kossa Touré a salué une initiative qui, selon lui, prend en compte les dimensions sociales et familiales de la santé : « la santé ne saurait être considérée comme une question exclusivement médicale. Elle est une condition essentielle du bien-être des individus et des familles, de la cohésion sociale et du développement de notre pays. »
Il a notamment souligné l’importance de la proximité et de l’inclusion pour les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes vivant avec un handicap.
Le ministère entend ainsi accompagner les actions visant les populations les plus vulnérables, en collaboration avec les autres départements et partenaires impliqués dans le programme : « c’est par la complémentarité de nos efforts et la coordination de nos interventions que nous pourrons obtenir des résultats durables », a déclaré Sâa Kossa Touré.
Avec ce nouveau programme, la Fondation Orange Guinée et ses partenaires veulent donc inscrire les acquis des trois éditions de la Caravane Santé 3e âge dans un dispositif plus large, avec une intervention annoncée sur trois ans et une progression vers une prise en charge plus structurée au niveau communautaire.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
Last modified: 7 octobre 2026




