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Presse guinéenne : précarité, contrats, protection sociale… le diagnostic sans détour de Ramatoulaye Camara, ministre par intérim

9 octobre 2026

À l’occasion de l’assemblée générale constitutive de la Fédération patronale des associations de presse privée de Guinée (FEPAP-GUI), tenue le jeudi 8 octobre, Ramatoulaye Camara, secrétaire générale du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, a attiré l’attention sur les conditions de travail des professionnels des médias. Elle a notamment déploré la précarité dans laquelle exercent encore certains journalistes, parfois sans contrat de travail formalisé ni couverture sociale suffisante.

Elle a également plaidé pour la relance du dialogue social et l’aboutissement de la convention collective des professionnels des médias, afin de concilier la viabilité économique des entreprises de presse avec la protection des droits des travailleurs.

D’entrée, la responsable gouvernementale a rappelé que la presse ne saurait être réduite à ses seules missions d’information, de liberté d’expression et de responsabilité.

Derrière les médias, a-t-elle souligné, se trouvent des entreprises, des investissements et, surtout, des travailleurs dont les droits méritent une attention particulière.

« Lorsque nous parlons de presse, nous parlons souvent de liberté, d’information et de responsabilité. Nous parlons plus rarement de l’entreprise qui la fait vivre et du travailleur qui la fait exister. C’est pour ces profondes dimensions qui nous réunissent aujourd’hui : derrière chaque rédaction, chaque studio et chaque reportage, il y a des entreprises qui investissent, des emplois à préserver et des femmes et des hommes dont les droits doivent être protégés », a-t-elle déclaré.

Saluant la mise en place de la FEPAP-GUI, Ramatoulaye Camara a estimé que cette initiative traduit la volonté des entreprises de presse privée de mieux organiser leur représentation patronale et de contribuer à l’amélioration du dialogue social dans le secteur. Elle a également rappelé le rôle de la presse dans la vie nationale, tout en soulignant que la liberté d’informer doit s’accompagner d’une responsabilité professionnelle.

« Dans une Guinée engagée dans une dynamique de transformation, la presse joue un rôle important dans l’information des citoyens et la formation de l’opinion publique. Cette mission s’accompagne d’une responsabilité particulière : la stabilité d’une nation se construit dans la responsabilité des paroles, la rigueur de l’information et la confiance entre les institutions, les médias et les citoyens. La liberté d’informer et le regard critique sont indissociables de cette responsabilité. Ils doivent s’exercer dans le respect des faits et des règles professionnelles. Mais la responsabilité des entreprises de presse envers la société doit aussi trouver son prolongement dans celles qu’elles assument envers leurs travailleurs », a-t-elle poursuivi.

« Certains journalistes exercent encore dans des conditions de précarité »

C’est toutefois sur les conditions de travail des journalistes guinéens que la secrétaire générale du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale a particulièrement insisté. Reconnaissant les difficultés économiques auxquelles sont confrontées les entreprises de presse, elle a néanmoins souligné que ces contraintes ne doivent pas occulter la nécessité de protéger les professionnels des médias. Elle a notamment évoqué les situations de précarité et l’absence de contrats de travail formalisés auxquelles certains journalistes restent confrontés.

« Nous connaissons les contraintes économiques auxquelles sont confrontées les entreprises de presse. Nous savons également que certaines professions, notamment celle de journaliste, s’exercent encore en Guinée dans des conditions de précarité et parfois sans contrat formalisé. À travers notre ministère, nous avons la charge de veiller à l’application de la législation du travail, notamment du Code du travail, et nous exerçons des contrôles dans tous les secteurs. Pour cela, il nous a été donné de constater que l’exercice de cette profession ne se fait pas toujours dans les conditions les plus favorables », a-t-elle fait savoir.

Au-delà de l’absence de contrats, la responsable gouvernementale a également attiré l’attention sur l’insuffisance de la couverture sociale dont souffrent certains travailleurs des médias. Pour elle, la protection des journalistes doit constituer une préoccupation majeure, au regard du rôle qu’ils jouent dans la défense des droits des citoyens et dans le fonctionnement de la société.

« Nous savons également que certains professionnels des médias exercent dans des conditions de précarité, parfois sans contrat formalisé ni couverture sociale suffisante. La couverture sociale est une exigence du législateur. Nous allons donc nous assurer que les journalistes qui exercent dans les entreprises privées soient couverts », a-t-elle affirmé.

Dans une interpellation qui résume l’enjeu de son intervention, Ramatoulaye Camara a posé une question qui renvoie directement à la responsabilité des employeurs de presse envers leurs collaborateurs.

« Un journaliste peut consacrer sa carrière à défendre les droits des autres, mais qui veille à la protection des siens ? Cette question doit nous interpeller collectivement. Une presse forte ne repose pas uniquement sur la liberté de rédaction, elle repose aussi sur la solidité de ses entreprises et la dignité des conditions de travail de ses professionnels », a-t-elle martelé.

La secrétaire générale a ainsi appelé les responsables des médias privés à faire du respect des obligations sociales une priorité, notamment à travers la déclaration des salariés et leur affiliation à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

« Le secteur de la presse privée doit pouvoir y prendre toute sa place, à travers le respect des obligations sociales des employeurs, l’affiliation des salariés à la sécurité sociale à travers la Caisse nationale de sécurité sociale, et l’amélioration progressive des conditions de travail », a-t-elle insisté.

La convention collective, un chantier à relancer

Au cours de son intervention, Ramatoulaye Camara a également mis l’accent sur l’importance du dialogue entre les organisations patronales et les représentants des travailleurs. Elle a salué l’engagement de la Confédération générale des entreprises de Guinée (CGE-GUI) en faveur de la structuration du secteur privé et de l’amélioration des relations professionnelles.

Selon elle, la mise en place d’une organisation patronale représentative doit permettre de renforcer la concertation entre les différents acteurs et de favoriser des négociations collectives adaptées aux réalités du secteur. Dans cette perspective, elle a encouragé la poursuite des démarches engagées pour parvenir à la signature de la convention collective des professionnels des médias, un instrument attendu pour mieux encadrer les relations entre employeurs et travailleurs.

« L’organisation des employeurs en structure représentative constitue un facteur important pour la qualité des relations professionnelles. Elle favorise une meilleure concertation avec les organisations de travailleurs et crée les conditions d’une négociation collective responsable et efficace. À cet égard, j’encourage la poursuite des efforts engagés pour faire aboutir la convention collective des professionnels des médias, dans l’intérêt des entreprises de presse comme de leurs salariés », a-t-elle déclaré.

Revenant sur l’évolution de ce dossier, la responsable a indiqué que les négociations entre les partenaires sociaux avaient déjà permis d’aboutir à un projet de convention collective. Toutefois, sa signature n’avait pas pu intervenir, notamment en raison de difficultés liées à l’organisation et à l’affiliation des structures patronales concernées.

Pour Ramatoulaye Camara, la conclusion de cet accord constituerait une avancée importante pour l’ensemble du secteur, en permettant aux employeurs et aux travailleurs de définir des règles adaptées aux réalités de leurs activités.

« La conclusion d’une convention collective constitue une avancée importante pour tout secteur professionnel. Elle permet aux employeurs et aux travailleurs de définir ensemble des règles adaptées à leur réalité, de mieux protéger les droits de chacun et de prévenir les conflits sociaux. Pour la presse guinéenne, elle représenterait une étape supplémentaire dans la structuration de notre secteur, en conciliant les exigences de la viabilité des entreprises avec l’amélioration des conditions de travail des professionnels des médias », a-t-elle expliqué.

La constitution de la FEPAP-GUI apparaît ainsi, à ses yeux, comme une occasion de relancer ce processus et de créer les conditions nécessaires à son aboutissement.

« L’initiative qui nous réunit aujourd’hui prend donc tout son sens : la constitution de cette fédération doit être l’occasion de faire progresser ce chantier qui a démarré et qui va permettre d’améliorer les conditions de travail des professionnels de ce secteur. Je forme ainsi le vœu que cette nouvelle étape permette de relancer le dialogue entre les parties et de créer les conditions nécessaires à l’aboutissement de ce processus », a-t-elle souhaité.

Elle a, par ailleurs, assuré que son département, à travers l’Inspection générale du travail et les services compétents, restait disponible pour accompagner les partenaires sociaux dans cette démarche, dans le respect de leur autonomie et des réalités économiques du secteur.

« Nous ne construisons pas durablement des entreprises de presse fortes avec des travailleurs fragilisés »

En conclusion, la secrétaire générale du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale a invité les futurs responsables de la fédération à ne pas limiter leur action à la défense des intérêts économiques des entreprises de presse. Elle les a également exhortés à faire de cette nouvelle organisation un levier de progrès social au bénéfice des femmes et des hommes qui travaillent dans les médias.

« Au-delà de la création d’une organisation patronale, c’est une responsabilité collective qui s’affirme aujourd’hui : celle de construire un secteur de la presse privée économiquement viable, socialement responsable et pleinement conscient de sa contribution à la vie nationale. Aux futurs responsables de cette fédération, je voudrais adresser un message : faire de cette organisation un cadre de défense des intérêts de vos entreprises, mais aussi un instrument de progrès social pour les femmes et les hommes qui les font vivre, car nous ne construisons pas durablement des entreprises de presse fortes avec des travailleurs fragilisés et négligés », a-t-elle conclu.

Elle a enfin félicité les initiateurs de la FEPAP-GUI et l’ensemble des acteurs ayant contribué à la mise en place de cette nouvelle structure patronale, avant de souhaiter plein succès aux travaux de son assemblée générale constitutive.

« Vive la presse, une presse professionnelle et responsable, vive le dialogue social, vive le travail décent, vive la République de Guinée », a-t-elle lancé pour clore son intervention.

Christine Finda Kamano et Ousmane Camara

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Last modified: 9 octobre 2026

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