
Guinée- Le gouvernement guinéen entend maintenir l’interdiction des sachets plastiques à usage unique tout en accordant un délai de six mois aux acteurs concernés pour préparer la transition vers des solutions de substitution. Lors d’une conférence de presse conjointe des porte-parole de la Présidence et du Gouvernement, ce lundi 19 octobre 2026, Faya François Bourouno a expliqué les raisons de ce moratoire, les premiers effets constatés et les mesures envisagées pour améliorer l’accès à l’eau potable.
Face à la presse, le porte-parole principal du gouvernement a présenté cette décision comme une étape dans la mise en œuvre d’une politique publique visant à améliorer le cadre de vie des Guinéens, à réduire la pollution plastique et à préserver les activités économiques liées à la production et à la commercialisation des emballages.
Pour Faya François Bourouno, les textes réglementaires encadrant cette interdiction vont au-delà d’une simple mesure administrative. « Ce décret avec tout l’arsenal réglementaire qui va avec, notamment les arrêtés qui ont été pris, ne sont pas de simples actes réglementaires. Ce sont de véritables politiques publiques. Ce décret est une véritable politique publique, dont l’objectif est d’améliorer le cadre et les conditions de vie de la population guinéenne », a-t-il expliqué.
Selon lui, cette politique vise également à faire évoluer les habitudes de production et de consommation, en encourageant l’utilisation de produits respectueux de l’environnement, notamment les emballages biodégradables.
Une baisse des déchets plastiques constatée, selon le gouvernement
Le porte-parole principal du gouvernement affirme que les premières mesures d’application du décret produisent déjà des effets sur le terrain. Il évoque notamment une diminution des déchets plastiques dans les espaces publics. « Et l’application de ce décret, aujourd’hui, c’est avec beaucoup de satisfaction que nous avons l’honneur de partager avec vous le constat que nous effectuons aujourd’hui, les premiers résultats. Il y a aujourd’hui une baisse drastique constatée par nous tous des déchets plastiques dans des espaces publics. C’est une réalité, et c’est un produit de ce décret et de ses arrêtés d’application », a-t-il déclaré.
Faya François Bourouno a toutefois insisté sur la nécessité de poursuivre les efforts engagés pour relever le défi de l’assainissement. Il a rappelé la volonté des autorités de faire de la salubrité une priorité, dans un contexte où les déchets plastiques contribuent à la dégradation de l’environnement urbain. « Pour le président de la République, chef de l’État, l’heure n’est plus à l’hésitation, l’heure est à l’action », a-t-il affirmé, avant de souligner qu’un programme est en cours d’exécution pour accompagner les mesures d’interdiction.
Pourquoi un moratoire de six mois ?
Si les autorités entendent poursuivre l’application du décret, elles souhaitent également éviter que cette mesure ne fragilise les emplois, les industries ou l’approvisionnement en eau potable. C’est dans cette logique qu’un moratoire de six mois a été accordé aux acteurs de la chaîne de production, d’importation et de commercialisation des emballages plastiques.
Le porte-parole du gouvernement a expliqué que cette décision fait suite aux préoccupations soulevées lors des échanges entre les autorités et les acteurs concernés, dans le cadre d’un dispositif de dialogue coordonné par le Premier ministre. « Et donc, la décision a été prise plutôt d’accorder un moratoire de 6 mois pour permettre au gouvernement et tous les acteurs, les acteurs industriels, les acteurs qui interviennent dans la chaîne de valeur, pour mettre en place un plan d’action et le réaliser afin que dans un délai de 6 mois, nous puissions réussir la transition en passant par les modes de production actuels où nous constatons la production des emballages plastiques, nous constatons la production d’autres déchets plastiques à usage unique, vers la production des produits de substitution », a-t-il précisé.
Ces six mois doivent ainsi permettre aux industriels et aux autres intervenants de préparer le passage vers des emballages et des objets capables de se dégrader de manière écologique.
Faya François Bourouno a tenu à lever toute ambiguïté sur la portée de cette mesure temporaire. « Donc il faut voir que ce moratoire n’est pas un abandon des mesures du décret, mais c’est plutôt une permission temporaire permettant à tous les acteurs de converger vers cet objectif, conforme à la vision du chef de l’État », a-t-il insisté.
Des emplois verts pour valoriser les déchets
Au-delà de la réduction de la pollution, le gouvernement souhaite faire de cette transition écologique une source d’opportunités économiques. Les autorités envisagent notamment de développer des activités liées au ramassage, à la collecte, au transport et à la valorisation des déchets. « Les déchets sont une menace, mais en voulant régler le problème des déchets, nous voulons créer des opportunités pour créer des emplois, notamment des emplois verts », a déclaré le porte-parole.
Selon lui, un travail est en cours sous la coordination du Premier ministre pour structurer les différentes chaînes de valeur liées à la gestion des déchets. Cette démarche devrait, d’après le gouvernement, contribuer à la création d’emplois, à la préservation des activités industrielles et à l’amélioration de la salubrité dans les villes guinéennes, particulièrement à Conakry.
Le porte-parole a également salué la mobilisation des industriels intervenant dans la production, l’importation et la commercialisation des emballages, affirmant que ces acteurs travaillent aux côtés du gouvernement pour réussir la transition.
Il a par ailleurs mis en avant l’adhésion de la population aux mesures engagées, tout en annonçant la poursuite des actions de sensibilisation afin d’ancrer durablement les changements de comportement.
Plus de 600 millions d’euros pour les projets d’eau potable
La question des déchets plastiques a également été abordée en lien avec l’accès à l’eau potable, présenté comme une autre priorité du gouvernement. Faya François Bourouno a évoqué un vaste programme d’investissement destiné à renforcer les infrastructures d’approvisionnement en eau dans plusieurs localités du pays. « Nous avons aujourd’hui l’un des plus grands projets d’eau potable initié dans la sous-région, avec un financement de plus de 600 millions d’euros. Et nous avons aujourd’hui tous les partenaires qui sont mobilisés autour de la Guinée pour accompagner notre pays à réussir cette transition qui va permettre à chaque citoyen guinéen d’accéder à l’eau potable », a-t-il indiqué.
Dans le détail, le programme prévoit la remise en état de 13 stations de traitement d’eau potable à Conakry. Seize autres villes doivent bénéficier de 23 stations de traitement, tandis que 1 600 points d’eau sont annoncés au bénéfice des populations. « Le mois de juin dernier, le ministère en charge de ce secteur avait lancé ce projet qui va permettre déjà sur Conakry de remettre en état 13 stations de traitement d’eau potable, et 16 de nos villes bénéficieront aussi de 23 stations de traitement. En plus de cela, aujourd’hui, il y a 1 600 points d’eau qui sont en train d’être initiés pour le bénéfice de notre population », a-t-il expliqué.
Pour le gouvernement, ces investissements doivent accompagner les efforts d’assainissement et contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations.
En accordant ce moratoire de six mois, les autorités disent donc vouloir concilier la lutte contre la pollution plastique, la continuité des activités économiques et l’accès aux services essentiels. L’enjeu sera désormais de mettre en œuvre le plan d’action annoncé et de réussir le passage vers des solutions de substitution, sans compromettre les objectifs environnementaux fixés par le décret.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
Last modified: 19 octobre 2026




