
Les députés de l’Assemblée nationale ont adopté, ce samedi 7 novembre 2026, le volet dépenses du projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026.
À l’issue de l’examen du document, les prévisions de dépenses de l’État ont été réévaluées à 67 925,87 milliards de francs guinéens, contre 64 181,37 milliards GNF dans la loi de finances initiale (LFI), soit une augmentation de 3 744,50 milliards GNF (+5,83 %).
Au-delà des réajustements budgétaires, les parlementaires ont exprimé de vives préoccupations concernant le faible taux d’exécution des dépenses d’investissement public et formulé plusieurs recommandations à l’endroit du gouvernement.
Cette adoption intervient après celle du volet recettes, approuvé à l’unanimité par les députés lors de la plénière du 31 octobre dernier, conformément aux dispositions de l’article 58 de la Loi organique relative aux lois de finances (LORF), qui imposent l’approbation préalable des grands équilibres du volet recettes avant l’examen de ceux des dépenses.
La seconde phase de l’examen du PLFR 2026, consacrée aux dépenses, s’est déroulée du 1er au 5 novembre, à travers les travaux des commissions et de l’Inter-commissions. Plusieurs départements ministériels, institutions et services ont été auditionnés afin d’approfondir les échanges et de mieux apprécier les ajustements proposés par le gouvernement.
Des dépenses courantes en hausse de 18,06 %
Dans le détail, les dépenses du budget général sont révisées à 65 516,67 milliards GNF, contre 61 755,13 milliards GNF initialement, soit une progression de 3 761,54 milliards GNF (+6,09 %).
Les dépenses courantes connaissent une augmentation particulièrement importante. Elles passent de 35 537,06 milliards à 41 954,40 milliards GNF, soit une hausse de 6 417,33 milliards GNF (+18,06 %).
Cette évolution concerne plusieurs postes. Les charges financières de la dette sont, en revanche, revues à la baisse, passant de 4 764,84 milliards à 3 836,58 milliards GNF, soit une diminution de 928,26 milliards GNF (-19,48 %). Cette réduction s’explique notamment par l’actualisation des intérêts de la dette intérieure et extérieure, en fonction des échéanciers de paiement.
Les dépenses de personnel sont légèrement revues à la hausse, à 12 629,84 milliards GNF contre 12 501,92 milliards GNF dans la loi de finances initiale, soit une progression de 127,92 milliards GNF (+1,02 %). Cette augmentation résulte principalement de l’inscription de 250 milliards GNF au profit de la Direction générale des impôts pour les primes de performance, ainsi que de la prise en charge de 939 nouveaux agents de police à compter du mois d’août.
Pour les dépenses de biens et services, les prévisions passent de 8 783,40 milliards à 9 659,67 milliards GNF, soit une augmentation de 876,26 milliards GNF. Cette hausse intègre notamment le reliquat des charges liées à l’organisation des élections législatives et communales, évalué à 367,15 milliards GNF.
Les dépenses de transfert enregistrent, quant à elles, la plus forte progression. Elles sont réévaluées à 15 828,31 milliards GNF, contre 9 486,90 milliards GNF dans la LFI, soit une augmentation de 6 341,41 milliards GNF (+66,84 %).
Cette évolution s’explique essentiellement par la prise en compte de 4 576,7 milliards GNF correspondant aux pertes de recettes consenties par l’État pour maintenir le prix des produits pétroliers à la pompe à 12 000 GNF. À cela s’ajoute une provision de 913 milliards GNF destinée au financement du mécanisme de stabilisation des prix des hydrocarbures. Les transferts en faveur des chambres d’agriculture et de commerce, les prélèvements au profit de la CEDEAO ainsi que les bordereaux de frais uniques du Guichet unique du commerce extérieur de Guinée (GUCEG) figurent également parmi les éléments pris en compte.
Les investissements publics en recul de 10,13 %
Contrairement aux dépenses courantes, les dépenses d’investissement connaissent une diminution. Elles sont ramenées à 23 562,27 milliards GNF, contre 26 218,07 milliards GNF initialement, soit une baisse de 2 655,80 milliards GNF (-10,13 %).
Selon les explications fournies dans le rapport, cette réduction résulte principalement du report à partir de 2027 du démarrage de certains projets, en tenant compte de leur niveau de maturation.
Ces dépenses se répartissent entre les investissements liés aux projets, estimés à 20 015,98 milliards GNF, soit 84,95 % de l’enveloppe, et les investissements hors projets, évalués à 3 546,28 milliards GNF (15,05 %).
Le financement des investissements liés aux projets repose sur les ressources intérieures à hauteur de 45,78 % et sur les ressources extérieures pour 43,22 %.
S’agissant des investissements hors projets, les principales affectations concernent notamment le Fonds d’entretien routier, doté de 1 451,02 milliards GNF, les prises de participation pour 284,70 milliards GNF et les acquisitions de bâtiments et de mobiliers scolaires au profit de l’enseignement préuniversitaire, pour 225 milliards GNF.
Une enveloppe de 196 milliards GNF est également prévue pour le complément des frais d’acquisition de véhicules destinés aux députés, aux maires, aux sénateurs et aux présidents des institutions constitutionnelles. Le rapport mentionne aussi 132,35 milliards GNF pour l’acquisition de mobiliers sanitaires et 40 milliards GNF pour la poursuite de l’acquisition de bus destinés à faciliter la mobilité des populations.
Les budgets d’affectation spéciale légèrement revus à la baisse
Les dépenses des budgets d’affectation spéciale sont, pour leur part, estimées à 2 409,20 milliards GNF, contre 2 426,24 milliards GNF dans la loi de finances initiale, soit une diminution de 17,04 milliards GNF (-0,70 %).
Dans cette catégorie, le Fonds national de développement local (FNDL) bénéficie d’une allocation de 1 114,44 milliards GNF, contre 1 171,39 milliards GNF initialement. Le Fonds de développement des communes de Conakry (FODECCON) voit, en revanche, son enveloppe augmenter à 708,26 milliards GNF, contre 649,37 milliards GNF.
Le Fonds d’investissement minier (FIM) est révisé à 371,48 milliards GNF, contre 390,46 milliards GNF, tandis que le Fonds commun de l’éducation (FCE) conserve son allocation initiale de 215,02 milliards GNF.
À l’issue de ces réajustements, le solde budgétaire ressort déficitaire à 7 861,40 milliards GNF, soit 2,01 % du produit intérieur brut (PIB), contre un déficit initialement prévu à 2,07 % du PIB. Selon le rapport, ce déficit est entièrement couvert par le solde net résultant de la différence entre les ressources et les charges de financement.
L’Assemblée nationale préoccupée par la faiblesse de l’exécution des investissements
Au-delà des réaménagements budgétaires, le faible niveau d’exécution des dépenses d’investissement public a constitué l’un des principaux sujets de préoccupation des députés au cours des travaux en commissions et en Inter-commissions.
Selon les données présentées dans le rapport, à fin novembre 2026, 29 départements ministériels et institutions républicaines sur 39, soit 75 %, affichent un taux de paiement des dépenses d’investissement inférieur à 30 %. Plus préoccupant encore, 13 départements enregistrent un taux de paiement nul (0 %).
Parmi les secteurs concernés figurent notamment l’Administration du territoire, la Sécurité, la Pêche, l’Élevage, l’Agriculture et l’Enseignement technique.
Les parlementaires ont particulièrement insisté sur la situation des ministères en charge de l’Agriculture et de l’Enseignement technique, dont les taux de paiement des investissements sont également nuls. Une situation jugée préoccupante au regard de leur rôle stratégique dans la sécurité alimentaire, la formation professionnelle, la création d’emplois et la transformation structurelle de l’économie nationale.
Pour l’Assemblée nationale, ces faibles performances traduisent des insuffisances dans la programmation, la préparation, la coordination et l’exécution des projets publics. Elles soulèvent également des interrogations sur la capacité des départements sectoriels à transformer les ambitions du programme Simandou 2040 en réalisations concrètes au bénéfice des populations.
Les députés rappellent, à cet égard, que l’inscription de crédits dans une loi de finances ne suffit pas à garantir la réalisation des projets. Selon eux, les investissements publics ne peuvent produire des effets économiques et sociaux que lorsqu’ils se matérialisent par des infrastructures, des équipements et des services effectivement accessibles aux citoyens.
Le gouvernement appelé à situer les responsabilités
Face à ces constats, l’Assemblée nationale invite le Premier ministre, chef du gouvernement, à diligenter une évaluation approfondie afin d’identifier les causes de ces faibles taux d’exécution, de situer les responsabilités des différents acteurs de la chaîne de dépenses et de prendre les mesures correctives nécessaires.
Elle recommande notamment la mise en place d’un mécanisme d’évaluation trimestrielle de l’exécution des dépenses d’investissement dans l’ensemble des départements ministériels.
Ce dispositif devrait s’appuyer sur des indicateurs précis portant sur les taux d’engagement, de liquidation, d’ordonnancement et de paiement, mais également sur les taux de réalisation physique des projets.
Les résultats de ces évaluations devraient faire l’objet d’un rapport semestriel transmis à l’Assemblée nationale, afin de permettre aux représentants du peuple d’apprécier l’effectivité des investissements publics et leur contribution aux objectifs de développement du pays.
Enfin, compte tenu de la gravité des constats, les commissions des Affaires économiques et financières, du Plan et de la Coopération, ainsi que celle chargée du Contrôle et de la Comptabilité, ont soumis à l’appréciation de la plénière la constitution d’une mission d’information parlementaire.
Celle-ci aurait pour objectif d’analyser les causes structurelles de la faible exécution des investissements publics, d’identifier les responsabilités institutionnelles et de proposer des mesures correctives durables.
Youssouf Keita
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Last modified: 8 novembre 2026




