
Les créateurs de contenus Ahmed Saadate Diallo, alias « Saad à la Barry », et Mamadou Alpha Baldé ont comparu devant le tribunal correctionnel de Dixinn dans une affaire liée à la diffusion d’une vidéo controversée, sur fond d’accusations de proxénétisme au sein du lounge Bellingham.
Dans ce dossier, Hadiatou Barry ainsi que les deux créateurs de contenus sont détenus depuis le 19 mai 2026, mais dans deux procédures distinctes.
Les deux prévenus, qui se présentent comme journalistes, sont poursuivis pour « atteinte à l’ordre public et à la dignité des individus par le biais d’un système informatique ».
À la barre, Ahmed Saadate Diallo, celui que l’on voit tendre le micro à Hadiatou Barry, alias Bandirou, a tenté de justifier la diffusion de la séquence incriminée. Il affirme avoir agi dans le cadre d’une activité de création de contenus numériques.
« Nous avons une carte délivrée par le média WestAfrica, pas celle de la HAC », a-t-il déclaré, précisant que son émission relève du format « télé-réalité ».
Interrogé sur le déroulement de l’entretien avec l’artiste Hadiatou Barry, il soutient avoir tenté de modérer les échanges :
« J’ai essayé de la retenir en contournant certaines questions, mais elle insistait sur ce sujet puisque cela était lié à la promotion de son œuvre », a-t-il expliqué.
À la question de savoir si l’intéressée était lucide au moment de l’interview, il répond :
« Oui. J’étais à côté d’elle et je n’ai rien remarqué d’anormal. Elle était concentrée. J’ai même relancé la question et elle a confirmé ses propos. »
Le ministère public a toutefois mis en doute la qualité professionnelle du prévenu, l’interrogeant sur son statut de journaliste ainsi que sur l’absence d’accréditation délivrée par la Haute Autorité de la Communication (HAC).
« Non, pas la HAC, mais WestAfricaTV », a-t-il répondu.
Le parquet a également relevé le caractère potentiellement choquant des propos diffusés, estimant que les questions posées allaient « dans le sens de la promotion de la prostitution ».
Face à ces accusations, Ahmed Saadate Diallo s’est défendu :
« Oui, j’ai tenté de l’arrêter, mais dans nos émissions, les propos tenus restent intacts. Elle m’a dit qu’elle assumait ses déclarations et voulait qu’elles soient maintenues. »
Il affirme par ailleurs n’avoir eu aucune intention de troubler l’ordre public : « Je n’étais pas obligé de diffuser cette vidéo, mais ce n’était pas dans l’objectif de troubler l’ordre public. C’était une manière de promouvoir sa musique. »
Sur la véracité des faits évoqués dans la vidéo, il ajoute :
« Je me suis dit que les faits étaient réels. Puisqu’elle disait qu’elle assumait, j’ai estimé que c’était la vérité. »
L’avocat du prévenu a, de son côté, interrogé la portée du rôle du journaliste dans ce type de contenu, soutenant qu’il ne lui revient pas de vérifier la véracité des déclarations enregistrées.
Le prévenu a acquiescé avant de préciser : « Ce n’est pas à moi de le faire. À la base, cette interview visait surtout à booster l’artiste avant la sortie de son clip. »
Interrogé sur les risques judiciaires liés aux propos diffusés, il affirme : « Je ne savais pas que le fait de parler de proxénétisme pouvait être condamné. »
Concernant un éventuel risque de fuite, il a répondu :
« Non maître, je n’ai pas l’intention de fuir si je bénéficie d’une liberté. »
Cette déclaration a mis fin à la phase des questions-réponses le concernant.
De son côté, Mamadou Alpha Baldé, alias SoprAlpha, présenté comme administrateur de la page ayant diffusé la vidéo, a également contesté toute intention malveillante.
Il affirme lui aussi disposer d’une carte délivrée par « Télé West Africa Média », tout en précisant que les contenus publiés relèvent d’une initiative indépendante.
« Ce n’est pas le canal qui vous emploie ? Non, ce n’est pas la même chose. C’est un contenu que nous créons entre nous et que je diffuse sur ma page personnelle », a-t-il expliqué.
Interrogé sur l’absence de censure de certaines séquences, il répond :
« Je n’ai pas censuré parce qu’elle devait assumer ses propos. Le but de cette émission, c’est aussi cela. »
Sur la nature du contenu de la vidéo, finalement supprimée, il soutient :
« Oui, c’était positif. Nous l’avons supprimée parce que les gens ont extrapolé le contenu. »
Il ajoute que la séquence visait, selon lui, à sensibiliser :
« Le message était d’informer les parents sur ce qui se passe là-bas. Même le propriétaire ne savait pas ce qui se passait dans son lounge. »
Mais il reconnaît également l’ampleur de la polémique :
« Cela a provoqué de l’indignation chez les internautes. À cause des extrapolations, cela a donné un mauvais écho. »
La défense a alors sollicité la remise en liberté des deux prévenus, estimant que « cette affaire n’aurait pas pris une telle ampleur si le lounge Bellingham n’avait pas été cité », évoquant par ailleurs des pratiques similaires « visibles au vu et au su de tous ».
Comme dans le dossier concernant Hadiatou Barry, le ministère public s’est opposé à toute mise en liberté et a demandé, une nouvelle fois, la jonction des deux affaires.
Le président Mohamed Sangaré a finalement renvoyé l’affaire au 10 juin 2026 pour la suite des débats.
Mayi Cissé
L’article Affaire Bellingham – Les créateurs de contenus retournés en prison : « Je n’étais pas obligé de diffuser cette vidéo, mais… » est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
Last modified: 20 mai 2026




