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Kissidougou – « Ici, les femmes accouchent à même le sol sous la lumière des torches » : la douleur silencieuse de Tambassadou

21 mai 2026

Dans la sous-préfecture de Bardou, préfecture de Kissidougou, au sud de la Guinée, les difficultés d’accès aux infrastructures de base restent une réalité pour de nombreuses localités.

Routes fortement dégradées, manque d’infrastructures et enclavement compliquent le quotidien des populations.

À Tambassadou, district relevant de cette sous-préfecture, c’est surtout la situation du poste de santé, de l’école primaire à deux salles de classe ainsi que du pont réservé aux piétons et aux motos qui attire l’attention. Installée dans un bâtiment construit par la communauté, la structure sanitaire fonctionne avec très peu de moyens.

« Si une femme accouche ici, elle accouche à même le sol. On installe des bâches et c’est là qu’elle passe la nuit. Après l’accouchement, elle reste environ six heures avec nous avant de retourner chez elle ou d’être référée. C’est également sur ces bâches qu’elle se couche. Concernant les sanitaires, c’est dans une latrine de fortune qu’elle doit faire sa toilette après avoir mis au monde son enfant. »

À l’intérieur, le manque d’équipements saute immédiatement aux yeux : absence de lits d’hospitalisation, de tables adaptées et d’armoires pour le rangement du matériel médical. Le centre ne dispose même pas d’électricité.

Le chef de poste, également agent communautaire de santé, décrit des conditions de travail extrêmement difficiles.

« À Tambassadou, je suis le chef de poste et agent communautaire de santé. Mais vraiment, nous sommes en difficulté. Notre poste est codé avec Bgambgadou, mais nous n’avons pas de matériel. Il faut voir comment nous sommes : nous n’avons ni lit, ni table, ni armoire. Nous n’avons même pas de lumière. Si une femme vient en travail, nous sommes obligés d’allumer nos torches pour travailler. »

Dans cette structure, les femmes enceintes accouchent dans des conditions précaires. Des bâches installées au sol servent de couchettes après l’accouchement.

« Si une femme accouche ici, elle accouche à même le sol. On installe des bâches et c’est là qu’elle passe la nuit. Après l’accouchement, elle reste environ six heures avec nous avant de retourner chez elle ou d’être référée. C’est également sur ces bâches qu’elle se couche. Concernant les sanitaires, c’est dans une latrine de fortune qu’elle doit faire sa toilette après avoir mis au monde son enfant. »

Malgré ces conditions, le poste de santé continue de recevoir des patients venant de plusieurs secteurs environnants.

« En santé, il n’y a pas de frontières : là où l’on peut trouver des soins, c’est là qu’on se rend. Mon poste couvre quatre secteurs. Certains patients viennent de Félembé, d’autres de Moïködou, de l’arrière de Yourouwadou ou encore de l’arrière de Bardou, situé à neuf kilomètres d’ici. Il y en a même qui viennent de l’arrière de Sofédou. »

« Tout ce qu’il y a ici, c’est la communauté qui l’a réalisé, même l’école du village. Le seul apport du gouvernement, c’est le forage. Tout le reste est l’œuvre des villageois. C’est même la communauté qui me rémunère, je suis contractuel de la communauté. »

Le responsable du poste de santé affirme également que la quasi-totalité des infrastructures existantes dans le district ont été réalisées grâce à la mobilisation de la communauté.

« La communauté a le courage de travailler, mais elle n’a aucune aide extérieure. Tout ce qu’il y a ici, c’est la communauté qui l’a réalisé, même l’école du village. Le seul apport du gouvernement, c’est le forage. Tout le reste est l’œuvre des villageois. C’est même la communauté qui me rémunère, je suis contractuel de la communauté. »

L’accès au district demeure également difficile en raison de l’état des routes et du pont reliant Tambassadou à Bardou, compliquant davantage les évacuations sanitaires.

Après la diffusion des images tournées sur place, la Direction préfectorale de la santé de Kissidougou a réagi. Dr Traoré Ibrahima, chef de la section Planification, Formation et Recherche à la DPS de Kissidougou, s’est exprimé sur la situation.

« Moi, je suis déjà allé à Tambassadou. Depuis que la maison était en construction, j’y suis allé avec le chef de centre pour suivre le déroulement des activités. Quand je suis arrivé, ils m’ont montré un premier emplacement où ils voulaient construire. Je leur ai expliqué que cette partie n’était pas la mieux indiquée pour un poste de santé. »

« Comme l’a dit Monsieur le Directeur, ce n’est même pas encore un poste de santé officiel, c’est une maison d’accouchement. Nous avons accepté sa création afin de rapprocher les soins de santé des communautés pour éviter aux citoyens de parcourir de longues distances. »

Le responsable estime toutefois qu’un effort collectif reste nécessaire.

« Déployer un agent sur place et fournir les équipements relèvent de notre responsabilité. Mais la clôture et les latrines ne dépendent pas de la direction préfectorale. »

Il précise également que Tambassadou figure désormais parmi les besoins recensés par la direction préfectorale.

« Dans le recensement des besoins demandé par le ministère, nous avons inscrit Tambassadou dans la base de données comme un district nécessitant la construction d’un véritable poste de santé. »

De son côté, le Directeur préfectoral de la santé de Kissidougou affirme avoir déjà pris certaines dispositions.

« J’ai envoyé une table d’accouchement, une nouvelle table de consultation et nous allons encore voir dans les prochains jours si nous pouvons fournir un ou deux lits supplémentaires. »

À Tambassadou comme dans plusieurs autres districts de Bardou, les populations continuent d’espérer des améliorations concrètes afin de désenclaver la localité et de renforcer les infrastructures scolaires et sanitaires, pour permettre notamment aux femmes enceintes d’accéder à des soins dans des conditions plus dignes.

Christine Finda KAMANO, de retour de Kissidougou

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Last modified: 21 mai 2026

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