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Jusqu’à 28,87 % de consommation de chicha, les autorités tirent la sonnette d’alarme

26 juin 2026

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La Guinée a marqué, ce 26 juin 2026, la Journée internationale de lutte contre l’abus et le trafic illicite de drogue, à l’instar de la communauté internationale. Une commémoration organisée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, à travers l’Institut itinérant de formation et de prévention intégrées contre la drogue et autres conduites addictives (IIFPIDCA), autour d’un thème évocateur : « Le problème mondial de la drogue : des enjeux persistants, des nouveaux défis, des réponses innovantes. »

Dans un contexte où la consommation de substances psychoactives prend de l’ampleur, la rencontre a rassemblé des responsables administratifs, des spécialistes de la santé mentale, des forces de défense et de sécurité, des magistrats ainsi que plusieurs acteurs engagés dans la prévention et la lutte contre les addictions.

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Une mobilisation pour repenser la réponse face à la drogue
En ouvrant les travaux, le Directeur général de l’IIFPIDCA, Dr Thierno Bah, a insisté sur la portée symbolique et stratégique de cette journée, devenue selon lui un moment clé de réflexion collective sur les politiques de lutte contre la drogue : « la Guinée, à l’instar des autres pays du monde, célèbre la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de drogue. C’est l’occasion pour les pays non seulement de se pencher sur l’avenir de la prise en charge des troubles liés à l’usage de drogue, mais aussi sur la répression en matière de drogue. Le thème retenu cette année, c’est : “Le problème mondial de la drogue, des défis persistants, de nouveaux enjeux et des réponses innovantes.” Cela signifie qu’il faut apporter cette année des réponses concrètes face au fléau de la drogue, au regard de l’ampleur du trafic de stupéfiants dans les pays côtiers d’Afrique et du nombre sans cesse croissant de consommateurs dans le monde. Il faut une réponse concrète et intégrée. »

Pour le responsable de l’institut, la situation impose une approche globale, combinant prévention, prise en charge et répression.

Une situation jugée préoccupante en Guinée et dans le monde
S’appuyant sur des données internationales et nationales, Dr Thierno Bah a dressé un constat alarmant de la progression de la consommation de drogues : « en 2025, il y a eu 300 millions de consommateurs de drogue dans le monde, soit 5,8 % de la population mondiale. Plus de 67 millions de personnes développent des troubles liés à l’usage de substances psychoactives et près de 494 000 décès sont liés à la consommation de drogue. En Guinée, notre enquête nationale montre que la prévalence de la consommation de la chicha est de 28,87 %, suivie de celle de l’alcool avec 15,67 %. Nous enregistrons également une prévalence de 1,94 % pour le protoxyde d’azote et de 0,94 % pour la drogue “Kush”, particulièrement mortelle, chez les jeunes de 15 à 18 ans. Dans la vision Simandou 2040 portée par Son Excellence le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, ces jeunes seront les principaux acteurs du développement du pays. Si cette tranche d’âge est fortement touchée par les substances psychoactives, nous devons impérativement agir. Comme le disait le Président Abdoulaye Wade : “Dis-moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quelle nation tu seras.” »

Une prise en charge encore fragile face aux addictions

Au-delà des chiffres, les spécialistes de la santé mentale alertent sur les limites du système de prise en charge. Le médecin psychiatre Dr Fayimba Mara a décrit une réalité complexe dans les structures spécialisées : « depuis 2026, notre structure de santé mentale a accueilli plus de 145 patients. La majorité consulte pour des troubles liés à la consommation de substances psychoactives, notamment le cannabis, le crack et la drogue Kush, qui nécessitent souvent une hospitalisation. Ces patients sont victimes de nombreux préjugés et leur prise en charge reste très coûteuse. Les médicaments sont excessivement chers et les rechutes sont fréquentes. Sur cent patients suivis, nous parvenons difficilement à en réinsérer un ou deux durablement. Beaucoup de jeunes finissent malheureusement en prison, alors que ceux qui présentent les meilleures perspectives sont souvent des élèves ou des étudiants. »

Les forces de sécurité face à un trafic diversifié

Du côté des services de sécurité, le commandant Sékou Oumar Camara a détaillé les substances les plus répandues sur le terrain et réaffirmé la détermination des autorités à lutter contre les réseaux criminels : « il s’agit notamment du cannabis dont le prix est à la portée de tout le monde, de la cocaïne, du crack, du tramadol, du Valium en combinaison avec des boissons énergisantes, du Néocodion sirop, du protoxyde d’azote consommé par inhalation dans certains bars et dancings de Conakry et enfin de la drogue Kush, dont la consommation a fortement repris ces derniers mois et qui provoque de nombreux décès et blessés graves chez les jeunes. Face aux réseaux mafieux, nous devons unir nos efforts afin de préserver notre jeunesse. Les Services spéciaux demeurent résolument déterminés à poursuivre sans relâche la lutte contre les réseaux criminels opérant dans notre pays, quels que soient les systèmes innovants qu’ils utilisent. »

Justice et répression : des actions déjà engagées

Sur le plan judiciaire, Maître Daouda Diomandé a rappelé les opérations menées ces derniers mois contre les trafiquants et leurs réseaux : « une vaste campagne a été menée au niveau des débarcadères. Plusieurs personnes ont été interpellées et des réseaux de trafic de drogue ont été démantelés. Les procédures judiciaires ont abouti à des condamnations et d’importantes quantités de drogue ont été saisies. Le gouvernement n’est pas resté les bras croisés. Les services spéciaux, la justice et les autres services concernés poursuivent les opérations. Plusieurs kiosques servant de points de vente ont été démolis et les principaux repaires des trafiquants ont été détruits. »

De nouvelles méthodes de trafic en évolution constante

Les services des douanes alertent également sur l’adaptation des réseaux criminels. Le commandant Alaoudine Barry a notamment mis en lumière des techniques de trafic de plus en plus sophistiquées : « la montée en puissance des activités minières, avec l’augmentation du trafic maritime et aérien, est exploitée par les réseaux criminels. Notre pays est devenu une zone de transit entre les voies maritimes et aériennes. Les trafiquants utilisent désormais la technique dite “bateau à bateau”. De gros navires transportent la drogue jusqu’à nos eaux territoriales avant de la transférer sur de petites embarcations qui la distribuent le long des côtes ou à travers des accès privés donnant directement sur la mer. Pour faire face à cette nouvelle menace, la Direction générale des douanes a décidé de renforcer son implication dans l’action de l’État en mer, en s’appuyant sur le renseignement, le ciblage, l’analyse des risques et le partage d’informations avec les autres services. »

Un appel à une réponse collective et innovante

La cérémonie s’est achevée par un panel d’échanges entre les différents acteurs. Les discussions ont mis en avant la nécessité de renforcer la prévention, d’améliorer la prise en charge des personnes dépendantes, de renforcer la coopération entre institutions et de moderniser les stratégies de lutte contre les réseaux criminels.

Dans un contexte où la consommation de drogues touche de plus en plus les jeunes, les participants ont insisté sur l’urgence d’une réponse coordonnée, innovante et durable face à un phénomène devenu à la fois un enjeu de santé publique et de sécurité nationale.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com 

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Last modified: 26 juin 2026

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